14 juin 2007
La vie en Chine
VIVRE DANS UN QUARTIER CHINOIS - novembre 2004

Dès les premières semaines de mon arrivée en Chine, je m'étais mise à la recherche d'un appartement. Au ministère des affaires étrangères, avant mon départ, on m'avait affirmé que les Occidentaux ne vivaient pas avec la population locale - ce que certains regrettaient d'ailleurs.
Je m'attendais donc à vivre au milieu d'autres occidentaux, dans un quartier plus ou moins fermé. Si le quartier occidental n'est pas aussi fermé que je le pensais - ce sont en fait des occidentaux qui se sont installés dans un quartier chinois devenu plus international -, il est vrai qu'en principe un occidental ne peut vivre partout à Pékin. Il faut que le propriétaire qui loue l'appartement le déclare aux organes de police (le mien avait oublié de le faire la première année...). Malgré tout, parlant le chinois et ne souhaitant pas vivre en particulier avec d'autres occidentaux et partager avec eux un superbe appartement, j'ai réussi, après avoir visité plusieurs appartements de standings différents (au sein de grands buildings ou dans de petites maisons), à vivre dans un quartier typiquement chinois, au milieu de la population locale.
Vivre ainsi n'est pas toujours aisé car les Chinois sont parfois méfiants à l'égard des étrangers et n'osent pas toujours s'ouvrir à eux, même s'ils se montrent souriants lorsqu'on parle quelques mots de chinois. Le fait est que la plupart des Occidentaux vivent entre eux par contrainte (barrière de la langue tout d'abord) mais aussi par choix et par confort (appartements de fonction offerts, infrastructures et différents services à disposition...).
J'habitais à proximité de Sanlitun - le quartier des Occidentaux-, du Parc de Chaoyang (qui n'est vraiment pas joli mais où sont parfois organisés des concerts, des fêtes foraines à l'occasion du nouvel an) et du jardin de quartier de Tuanjiehu. C'était un quartier excentré, au sud-est de Pékin, entre le 3ème et le 4ème périphérique, mais que je trouvais animé (tous les quartiers en Chine le sont quasiment), et assez sympathique. La population qui y vivait était moyennement aisée (en France, on la définirait peut-être comme la petite bourgeoisie). Mon propriétaire était ainsi un ancien professeur de mathématiques (cela se voyait lorsqu'il calculait le loyer et mes charges) qui possédait plusieurs appartements grâce à sa retraite et à celle de sa femme (une vraie grippe-sous). J'allais découvrir que ma rue était célèbre pour le marché qui se tient tous les matins, dès le lever du soleil, quel que soit le temps, au bas de ma rue. En effet, non seulement ce marché était bruyant, mais encore il n'était pas facile de le traverser le matin, à pied ou avec mon vélo puis cyclo-moteur, pour aller travailler ou me rendre à mes cours. Malgré tout, j'aimais bien voir cette population s'agiter devant les choux, les tomates, un peu moins devant le poisson vivant même si moi-même j'avais bien peu l'occasion d'y faire mes courses (le marché fermant dès 9h30/10h). C'était toujours impressionnant de voir la vitesse à laquelle les étalages se faisaient ou celle à laquelle les commerçants rangeaient leurs marchandises. Parfois des policiers, tout en percevant leur commission, venaient vérifier que les balances n'étaient pas volontairement déréglées. Même à Pékin, je voyais des paysans venir vendre leurs fruits et légumes à l'aide de charettes tirées par des ânes.


Quant à l'immeuble
dans lequel je vivais, j'ai été tout de suite surprise par un certain nombre de
choses. Moins par les barreaux aux fenêtres qui donnent un peu l'impression que
l'on habite dans une prison et qui sont là pour empêcher les voleurs de
s'infiltrer dans les immeubles (car j'avais vu cela aussi à Taiwan), mais plus
par la manière dont les vélos étaient entassés sous la cage d'escalier. Et dire
que dans mon immeuble à Paris, le syndic s'était plaint que quelques vélos
soient mal rangés et qu'il y en ait trop, qu'aurait-il dit de tous ces vélos,
dans des états plus ou moins délabrés, rouillés, qui s'accrochaient aux
vêtements lorsqu'on mettait l'escalier.
J'habitais au deuxième
étage ce qui correspond en France au premier étage. Chaque appartement était
numéroté (le mien était le 203) alors même que les immeubles ne le sont pas
forcément (il est très difficile de trouver une adresse en Chine pour cette
raison). En bas de mon immeuble vivait la Chef de l'immeuble, qui ne remplit
pas réellement les fonctions de gardiennes (elle ne fait pas l'entretien de
l'immeuble) et en face de mon appartement, vivait une vieille mégère qui
surveillait tous mes faits et gestes. Faut dire, si j'ai bien compris, qu'elle
était l'ancienne chef de section du parti communiste dans le quartier. En bonne
communiste qu'elle était, elle avait plusieurs appartements dans l'immeuble,
son fils habitait juste au dessus de moi, elle avait aussi un studio. Elle
parlait un peu anglais, ce qui lui donnait un prétexte pour entrer dans mon
appartement lorsque mon propriétaire me rendait visite avec sa femme.
D'ailleurs, ces deux-là visitaient parfois mon appartement en mon absence, ou
sans prévenir. Je me souviens d'un dimanche matin, j'étais sous la douche
lorsque j'avais entendu sonner, puis après, déverrouiller ma porte. Je me suis
mise alors en colère que lui et sa femme viennent ainsi sans prévenir et ma
colère leur avait parue tout à fait incompréhensible. Pour eux, il leur
semblait naturel de s'immiscer dans mon appartement et ma vie privée. J'avais
donc peu de contacts avec mes voisins qui se montraient assez distant avec une
étrangère. Je me souviens cependant d'une fois où j'ai eu une innondation dans
mon appartement car le tuyau de ma machine à laver s'était cassé (je devais
déplacer à chaque fois ma machine à laver lorsque je voulais laver mon linge,
elle n'entrait pas dans ma salle de bains de la taille d'une coquille
d'huître). J'avais sonné auprès de ma voisine, qui pour une fois n'était pas
pressée de s'incruster chez moi, puis après j'avais vu débarquer tous les
habitants de l'immeuble chez moi, à la fois pour m'aider à éponger l'eau, et
pour voir aussi quelles affaires j'avais. La seule voisine que j'appréciais
vraiment était une mémé toute petite, qui boîtait, qui ne parlait que chinois
et qui se déplaçait avec une sorte de pousse-pousse. A chaque fois qu'elle me
voyait, elle me faisait un large sourire bien qu'elle soit toute édentée.
Pour le nouvel an, à la porte de l'immeuble, les Chinois collaient une affiche rouge avec dessus le caractère "bonheur" ou "printemps" mis à l'envers. Mais ce qui était encore plus surprenant, c'était de voir pour le nouvel an et la fête du travail, tous les drapeaux rouges accrochés aux fenêtres. Quelle n'avait pas été ma surprise de voir ainsi à mon réveil un matin, accroché sous ma fenêtre, le drapeau rouge.
Dans les blocs d'immeubles aux alentours, il y avait des aires de sport, des chinois qui jouaient par tout temps au mahjong. Sur les grandes places, on pouvait aussi profiter de quelques cours de danse (musique traditionnelle, tango, rock...).
Vivre dans un quartier typiquement chinois n'est donc pas toujours facile - les appartements, construits dans les années -50, ne sont pas toujours très confortables. Ainsi, le mien, bien que grand pour une personne seule (plus de 50 m²), avait en guise de salle de bains juste une pomme de douche au-dessus des toilettes, la cuisine n'était pas du tout équipée. J'avais qu'une plaque chauffante et aucun four. Malgré ces inconvénients, je trouve qu'avoir vécu parmi les Chinois est bien plus enrichissant que si j'étais restée dans les complexes réservés aux Occidentaux et dans lesquels je me rendais parfois.
27 mars 2007
Journal à rebours - Les réceptions de l'ambassadeur
RECEPTION CHEZ MONSIEUR L'AMBASSADEUR - novembre 2004
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Peut-être que si je vous parle de réception chez Monsieur l'Ambassadeur, vous avez en tête la publicité de Ferrero Rocher. Hé bien, au risque de vous décevoir, il n'y a pas de ferrero rocher chez l'Ambassadeur de France en Chine même si la marque est présente et fabrique en Chine (la pub chinoise).
En effet, dès la première semaine de ma présence en Chine, j'ai eu à me rendre à la Résidence de l'Ambassadeur, la première fois pour une réception avec le Ministre de la Justice de l'époque, M. Dominique Perben, la deuxième fois, pour fêter la coopération entre l'Institut de Diplomatie de Pékin et l'Université Paris XI (dont je suis diplômée). J'y suis revenue par la suite, en d'autres occasions.
Je dois avouer, qu'au début, l'idée d'être reçue à l'Ambassade peut impressionner, pourtant dans les faits, même s'il y a tout un protocole à respecter, l'expérience a été quelque peu décevante pour moi. Tout d'abord, parce que finalement, même si j'étais là en tant que Chargée de coopération administrative et judiciaire, les contacts que j'avais avec les personnes présentes étaient très superficiels. Le Ministre de la Justice a fait par exemple mine de s'intéresser un peu à moi en me posant juste quelques questions notamment sur mon âge, sur mes impressions puis est parti serrer d'autres mains sans forcément attendre les réponses. Finalement, avec le temps, on se rend compte qu'au cours de ces manifestations, on n'y rencontre plus ou moins toujours les mêmes personnes, présentes non pas pour les ferrero rocher - puisqu'il n'y en a pas - mais pour les autres nourritures plus ou moins terrestres que peut offrir l'Ambassadeur.
Néanmoins, se retrouver dans un cercle ainsi fermé, avec un titre même peu important, donne l'occasion de parler à des personnes que l'on aurait jamais rencontrées autrement et de les voir peut-être un peu différemment que lorsqu'ils sont sous les feux des projecteurs même s'ils sont toujours en représentation.
A ce titre, je souhaiterais évoquer en particulier deux souvenirs que j'ai de la Résidence de l'Ambassadeur.
Le premier, c'est au moment de la clôture de l'année de la France en Chine lorsque j'accompagnais la délégation du Ministre de la Fonction publique, M. Christian Jacob. Mon rôle alors n'était pas très passionnant même si en amont j'avais fait tout le travail d'organisation de cette visite et rédigé le dossier qui allait être remis aux membres de la délégation. En aval, je devais être présente dans tous les lieux où allait se rendre le Ministre pour vérifier que tout était parfait, qu'il ne manquait rien. La délégation était invitée à déjeuner chez l'Ambassadeur, en présence également du Président du Sénat et d'anciens élèves de l'ENA (chinois et français). Par conséquent que du "beau monde". J'avais été chargée de fournir la liste des anciens élèves de l'ENA, triés au volet. Ce n'était pas tâche simple et je découvrais toutes les règles protocolaires. En raison du protocole justement, bien qu'invitée à la résidence, je n'ai pas mangé dans la salle à manger de la Résidence mais dans une petite salle à part, avec les gardes du corps. Me retrouver au milieu d'eux était assez impressionnant aussi, et finalement, je pense que j'ai peut-être fait meilleure chère que les autres, même si j'ai dû m'éclipser avant la fin du repas pour me rendre à l'avance dans le prochain lieu où serait le Ministre.
Le second, c'est la dernière fois que je me suis rendue à l'Ambassade, à l'occasion du 14 juillet 2006. Je ne travaillais alors plus pour l'Ambassade, j'étais à la fin de mon séjour en Chine. Contrairement aux années précédentes, l'Ambassadeur recevait dans sa résidence pour la fête nationale. Il avait donc fallu retirer des cartons d'invitation et je pense qu'il y avait peut-être plus de monde qui avait fait l'effort de se déplacer, pour voir l'endroit qui représente la France par excellence. Le buffet était bien garni, beaucoup de produits français que l'on a dû mal à trouver en Chine (fromage, pain, saucisses...) et bien sûr, les vins, le cognac.... Je pense qu'un bon nombre de personnes avait ainsi profité du bar. Or, si la résidence est accueillante, elle n'est pas forcément bien adaptée pour recevoir autant de monde (le bâtiment et le jardin sont peut-être un peu petits ce qui explique qu'un nouveau bâtiment, sur un autre emplacement, va être construit), et les toilettes sont notamment pas adaptées.... Une femme, qui avait sûrement bu plus que de coûtume et qui faisait la queue pour les toilettes, était manifestement choquée de voir que celles-ci étaient mixtes. Certains hommes aussi d'ailleurs et renonçaient donc parfois à y aller, ne supportant pas l'idée de devoir attendre trop longtemps tandis que d'autres s'y résignaient. Or, lorsqu'un entra en même temps que cette femme sans doute un peu ivre, celle-ci s'écria : "ben oui, c'est ça, allons-y à plusieurs, plus on est de fous plus on rit, allez monsieur".
Voilà, pour l'annecdote. J'en aurais sûrement d'autres à vous faire partager.
19 mars 2007
Journal à rebours - L'auberge chinoise
L'AUBERGE CHINOISE - novembre 2004
Comme je l'ai évoqué dans mes posts précédents, le premier mois de mon arrivée en Chine, j'ai vécu au sein d'une auberge de jeunesse qui se trouvait dans le Stade des travailleurs, à Pékin. Apprendre qu'un stade où sont organisés parfois des matchs de football et des concerts puisse abriter des hôtels, des restaurants et auberges, cela m'avait énormément surprise. Encore plus que le nom de ce stade qui me montrait bien que je me trouvais dans un pays communiste.
Avant mon expérience en Chine, je n'avais qu'une seule expérience des auberges de jeunesse, et étant fille unique, je n'avais nullement l'habitude de partager ma chambre avec d'autres, et de surcroît avec des personnes que je ne connaissais pas. Au départ, tous les matins, lorsque je quittais ma chambre pour aller travailler, c'était une hantise de savoir avec qui j'allais me retrouver le soir. Certaines nuits, je me retrouvais avec trois autres filles, d'autres, j'étais seule.
Moi qui suis très pudique, cela me gênait de devoir vivre ainsi en communauté, mais avec le temps, j'ai fini par m'adapter. Certes, il y avait toujours cet instant que je redoutais le plus, celui où je devais prendre ma douche - les douches étant elles aussi collectives. J'essayais alors de bien choisir mon horaire, de trouver l'heure propice où il n'y aurait personne qui risquerait de me surprendre.
Ce n'était pas facile non plus de me lever le matin tandis que les autres dormaient - j'avais peur de les réveiller - ou, le soir, d'écouter tous les récits sur les endroits que mes "roomates" avaient visités. Je me sentais quelque peu frustrée, moi qui étais avide de découvrir ce pays. Les filles qui dormaient avec moi rapportaient des images, des photos, des cartes, des cadeaux parfois, je voyais ce qu'elles visitaient, comment elles projetaient d'organiser leur voyage. Tandis qu'elles escaladaient la muraille de Chine, je montais les marches de l'escalier qui me séparait du bureau de l'interprète.
Malgré tout, cette expérience dans cette auberge chinoise très américanisée - tout le personnel parlait anglais - m'a beaucoup apporté. C'était dur au départ, mais je pense que c'est là que j'ai appris à discuter plus facilement avec les gens, et quelle que soit leur origine. C'est ainsi que tous les soirs je me rendais à la salle d'informatique pas uniquement pour surfer sur le net mais aussi pour rencontrer d'autres personnes et échanger avec elles ma vision de la Chine, du monde ou discuter de plein d'autres sujets. La plupart de ces personnes étaient des jeunes. Quelques-uns vivaient comme moi dans cette auberge alors qu'ils s'étaient installés en Chine. Il s'agissait alors, le plus souvent, d'Américains ou d'Australiens venus enseigner l'anglais aux Chinois - qui ont pris conscience de leur retard en la matière. Il y avait également quelques touristes, des françaises qui étaient venues assister au mariage d'une cousine et qui en profitaient pour rester plus longtemps dans le pays, un allemand qui faisait un tour de toute l'Asie, un Américain qui composait et qui chantait dans les bars de Sanlitun jusqu'à ce qu'on l'éjecte de l'endroit où il devait jouer sans aucun préavis (hé oui, les contrats, les Chinois ne savent pas toujours ce que cela veut dire). Donc des personnes dans des situations très différentes mais pour la plupart ouvertes d'esprit. C'est que se rendre en Chine, c'était encore toute une aventure.
Parfois, je les surprenais comme lorsqu'ils m'avaient vue un soir débarquer très vite dans ma chambre pour prendre un costume et descendre à vive allure les marches de l'auberge pour le repasser. Je venais d'être prévenue juste une heure auparavant que je devais me rendre à la Résidence de l'Ambassadeur et je m'étais aperçue que n'ayant pas encore toutes mes valises, je n'avais pas les chaussures qu'il me fallait.
Parfois aussi, le soir on jouait à différents jeux chinois, on essayait de m'enseigner les règles parce que moi et les jeux de société.... J'avais sympathisé avec la fille qui surveillait la salle d'informatique et qui travaillait dans des conditions qui nous choqueraient ici en France c'est-à-dire qu'elle travaillait 7 jours sur sept, et que la salle d'informatique était ouverte aussi longtemps qu'il y avait quelqu'un qui se servait des ordinateurs.
Li, comme on l'appelait (le prénom étant rarement utilisé par les chinois), était une jeune fille de 23 ans environ et qui avait étudié l'anglais. Issue d'une famille modeste du Hubei, elle pensait qu'elle pourrait améliorer son niveau d'anglais en discutant avec les expatriés qu'il y avait dans l'auberge.... Elle espérait enseigner par la suite, elle avait le diplôme qu'il fallait pour cela.
Li, bien que d'allure assez stricte, et tout à fait chinoise dans sa manière d'être, était curieuse à l'égard des étrangers. Elle leur donnait quelques cours d'anglais en échange de cours de chinois. Elle dormait dans la salle d'informatique-même. Nous avions pris l'habitude de discuter un peu, je pense qu'elle se sentait un peu plus proche de moi que des autres étrangers en raison de mes origines asiatiques, et du fait que je parlais un peu chinois. Il y avait plus d'échanges entre nous. Une fois, certains jeunes de l'auberge de jeunesse l'avait poussée à les accompagner dans le bar où jouait l'Américain puis dans une discothèque. Elle avait donc demander à des amies de la remplacer dans la salle d'informatique. C'était la première fois, je pense, qu'elle sortait, et elle regardait avec étonnement les gens boire et danser. En bonne chinoise qui se respecte, elle ne buvait pas une goutte d'alcool.
Le soir de noêl, j'avais alors quitté l'auberge de jeunesse, elle m'avait appelée pour me dire qu'il y avait une soirée organisée par l'auberge et que je pouvais me joindre à eux. Le temps que j'arrive, il était déjà un peu tard mais elle m'avait attendue. Seulement voilà, son patron ne voulait pas l'autoriser à sortir ce soir là, alors même qu'il y avait personne dans la salle d'informatique. Il me disait que je pouvais assister aux festivités, mais sans elle, or, je n'étais venue que parce qu'elle m'avait prévenue et je ne trouvais pas très juste d'y aller alors sans elle. Finalement, son patron l'a autorisée à sortir une heure, et nous nous sommes promenées un peu dans le quartier, nous nous sommes acheté une bûche de noêl dans le JinKelong du coin. Une manière comme une autre de fêter noêl.
Je me souviens aussi un jour, j'avais des places pour un film français au centre culturel, et je lui avais proposé de venir. Elle ne travaillait alors plus dans l'auberge de jeunesse mais à la gare de Pékin. Son étonnement devant les films français (nous étions pratiquement seules dans la salle) où il n'y a pas beaucoup d'action, c'est sûr que cela changeait du film Garfield qu'elle m'avait passé. Enfin, ce fut quand même pour elle une expérience intéressante et c'est pourquoi, lorsque son petit ami l'avait invitée au restaurant pour la journée de la femme, elle m'avait proposée de me joindre à eux.
Cette auberge chinoise était donc multi-ethnique et m'a permise de côtoyer des personnes issues de milieux très différents, présents en Chine pour diverses raisons et pour un séjour de passage ou prolongé. Une expérience très enrichissante - bien que parfois pas facile - à tous les plans.
23 novembre 2006
Journal à rebours - Première semaine à l'Ambassade et à Pékin
LES DEBUTS A L'AMBASSADE ET A PEKIN - 8 au 14 novembre 2004

Première vraie semaine de boulot. J'apprends à découvrir mon boulot, mon bureau et mon chef. En fait, plutôt à ne pas le découvrir car celui-ci est parti pour dix jours en France sans prévenir, ce qui suscite un certain mécontentement à l'Ambassade. Du coup, d'emblée, je me retrouve à traiter des dossiers que je ne connais pas, devant donner des réponses ou en attendre. Une délégation chinoise doit partir pour la France et personne ne s'est encore occupé des visas. Plein de choses comme ça, laissées en suspens, qui me tombent dessus. En plus, le Ministre de la Justice, Dominique Perben va venir en Chine et il faut donc dresser les listes d'invités et c'est à notre service qu'incombe cette tâche. Or, les listes ne sont pas à jour et pour la Chancellerie, c'est la catastrophe.
Collet monté et lèche-bottes, c'est ainsi que m'est apparue dans les premiers jours l'Ambassade. Faut dire qu'il y a de quoi. Les premières semaines, les cocktails viennent rompre la monotonie du travail administratif mais je découvre que l'ambiance à l'Ambassade de France est très différente de celle que j'ai connue à Taiwan et en Belgique. On se critique plus les uns les autres, peut-être est-ce là un comportement tout à fait français, on attache une très grande importance aux classes, aux catégories. Ainsi cela pose t-il problème que la VI et la stagiaire soient invitées une fois, voire deux fois à la Résidence.
La première semaine je vois donc les choses me passer au dessus du nez, je commence à me poser des questions, réussirais-je à m'adapter à ce changement si brusque, quitter ma famille, vivre seule à l'étranger dans un pays que je ne connais pas, travailler ?
Ma première priorité reste néanmoins de me trouver un appartement. Ce n'est pas là l'une des choses les plus faciles. Quelques contacts m'ont été donnés par la stagiaire, mais les premiers appartements que je visite sont assez insalubres et bien plus chers que je pensais. Après avoir manifesté ma déception, on me montre au contraire des appartements somptueux mais hors de prix ou alors il faut que j'achète tout le mobilier pour payer moins cher. Je finis par me dire que Pékin c'est comme Paris. Finalement, je contacte un agent immobilier ne parlant que le chinois et finis par trouver l'appartement qui me convient et pas trop cher (1800 yuans par mois) même si pour les Chinois il le serait beaucoup moins. Cet appartement se trouve dans un quartier habité quasi-uniquement par les Chinois, derrière le 3ème périphérique de Pékin (Pékin est divisé en périphériques), en face du parc de Tuanjiehu, à Chaoyang. Par la suite, j'allais découvrir que tous les matins de 6h à 9h environ, il y a un petit marché dans ma rue. Comme en semaine je travaille et qu'en week end je suis lève-tard, je n'ai pas pu bien en profiter.
Même si je n'emménage pas tout de suite dans cet appartement, je me sens rassurée, me voilà installée en Chine. Je continue donc encore quelques jours à dormir dans mon auberge de jeunesse, selon les jours mes voisines de lit changent : une canadienne d'origine indienne, des allemandes, des américaines, puis des françaises. Le soir, j'aime bien aller à la salle d'informatique, où il y a de la musique et où je peux rencontrer des jeunes, beaucoup d'australiens. Parfois, je regarde un peu la télévision dans ma chambre mais surtout, je lis notamment un livre taiwanais sur l'homosexualité (Garçons de cristal, de Xianyong Bai) sur lequel je suis tombée avec grand étonnement dans la bibliothèque de l'auberge. C'est bien là quelque chose qui m'a énormément surprise de trouver en Chine un livre qui conjugue Taiwan et l'homosexualité (même si sans aucun doute, ce livre écrit en français avait été laissé par un touriste). Deux sujets qui me semblent complètement tabous dans ce pays, à moi qui n'ose pas dire par exemple que mon père est taiwanais (je vais m'apercevoir par la suite qu'il n'est pas plus judicieux de dire qu'il est japonais, les japonais n'étant pas aimés par la majorité des chinois).

20 novembre 2006
Journal à rebours - La vie à Pékin pour un expatrié
LES EXPATRIES EN CHINE

Lorsqu’on est un jeune expatrié travaillant à l’Ambassade de France, la vie à Pékin peut être agréable si l’on aime les villes très animées. Pékin est en effet une ville qui se modernise, comme le pays, elle est un chantier permanent qui s’apprête à accueillir en 2008 les jeux olympiques. Elle est dotée d’un riche patrimoine historique (Cité interdite, Palais d’été, Beihai, Tian An Men...) et il existe à présent une certaine activité culturelle même si souvent les concerts, expositions et autres sont organisés par les ambassades étrangères. Bien qu’ils soient moins nombreux qu’à Shanghai, on y rencontre d’importantes communautés étrangères et le quartier de Sanlitun, dans lequel se trouvent les ambassades, est connu pour être celui des expatriés, celui où l’on y trouve restaurants et bars internationaux. Il existe un certain nombre d’associations d’expatriés qui organisent différentes activités culturelles et visites du pays. Il est donc possible lorsqu’on reste dans ce milieu international de vivre à Pékin sans forcément bien connaître le chinois (même si cela n’est pas évident quand même).
Bien sûr, les expatriés en Chine ne sont pas tous dans la même situation. Ainsi, dans l'auberge de jeunesse où j'ai vécu les premières semaines, je fréquentais un certain nombre d'Américains et Australiens venus en Chine pour donner des cours d'anglais dans des écoles privées chinoises (les anglophones sont très recherchés aujourd'hui, la Chine venant de prendre conscience de son retard considérable en matière de connaissance des langues étrangères). Ces jeunes expatriés anglo-saxons ne vivaient pas dans les meilleures conditions, souvent en raison de contrats de travail mal définis voire inexistants, et dans l'attente de visas (le principe en Chine est que toute demande de renouvellement de visas doit être faite dans le pays d'origine...). Ces jeunes expatriés aiment à se retrouver le soir dans les bars ou discothèques qui pullulent sur Sanlitun. Certains, pour gagner un peu plus d'argent, jouent parfois dans ces bars mais là encore, il arrive qu'il soit mis fin à leur contrat le jour-même où ils doivent jouer sur scène.
D'autres expatriés que l'on rencontre dans les auberges de jeunesse sont des personnes qui ont voulu tenter l'aventure en Chine, le plus souvent parce qu'ils ne trouvaient rien dans leur pays ou parce qu'ils avaient envie d'être dépaysés. Certains sont venus au départ pour visiter le pays puis après ont voulu rester plus longtemps dans l'Empire du Milieu. Le plus souvent, lorsqu'ils ont épuisé leurs économies, ils tentent de trouver un emploi en faisant appel à leur ambassade.
A côté de ces jeunes qui sont venus chercher du boulot en Chine, il y a bien entendu les riches expatriés, entrepreneurs ou diplomates qui vivent dans leurs complexes internationaux. Des a-yis (femmes de ménage chinoises) s'occupent de leur maison et souvent de la garde de leurs enfants. Ces gens, qui le plus souvent ne parlent pas chinois, vivent entre eux, tentent malgré tout de connaître le pays en voyageant à travers le pays lorsqu'ils le peuvent mais ne sont jamais en contact avec les vrais habitants de la Chine. Ils vont dans leurs restaurants chics chinois recommandés dans le magazine That's Beijing, participent aux activités culturelles organisées par leur communauté car c'est lorsque l'on est expatrié que le sentiment de communauté est le plus grand. Les femmes d'expatriés s'initient à la peinture et à la calligraphie chinoises, prennent quelques cours de chinois et s'amusent à recevoir leurs invités en tenue traditionnelle chinoise.
A mille lieux de cela, dans un tout autre quartier (au nord-ouest de Pékin), se trouve le quartier des universités. Là, on y rencontre un certain nombre d'étrangers - en grande majorité des Coréens et des Japonais - qui étudient le chinois. La plupart souhaitent par la suite travailler en Chine. Ces étudiants expatriés vivent en Chine pour des périodes allant de 6 mois à plus de 2 ans. Eux non plus ne sont pas très mélangés à la population chinoise, vivant dans des campus réservés aux étudiants étrangers même si leur université organise parfois des activités culturelles spécialement pour eux.
Pour tous ces expatriés, lorsqu'ils ne sont pas confrontés aux problèmes de visa, la vie à Pékin est le plus souvent agréable et facile. Néanmoins, s'ils cherchent à rencontrer les véritables habitants de Pékin et leur vraie vie, ils s'aperçoivent que cette ville est bien plus complexe et désarmante qu'elle n'y paraît.
Tout d’abord, je pense qu’indéniablement Pékin est beaucoup plus dépaysante que Shanghai ou Hong-Kong pour quiconque ne connaît pas l’Asie. Pékin surprend par sa taille, sa circulation, sa foule. Pékin surprend aussi par ses contradictions : modernisation d’un côté, immeubles très vétustes de l’autre, quartiers très développés, hutongs où s’entassent les pauvres qui sont progressivement expulsés hors de la ville.
Ensuite, Pékin peut se montrer aussi une ville où il fait difficile à vivre. En raison de son climat (climat continental où il fait -15°C en hiver et 40°C en été, avec des tempêtes de sable parfois au printemps), de sa pollution (Pékin est la 3ème ville la plus polluée au monde), de la poussière permanente renforcée par les travaux qui se multiplient dans les rues, de l’eau du robinet non potable....
Il me semble indispensable à Pékin d’avoir un vélo – ou un cyclo-moteur – pour se déplacer car le métro est peu développé et ne permet pas de relier tous les points de la ville. La circulation étant importante, une voiture n’est pas forcément utile.
Se promener à Pékin et se rendre dans les jardins tôt le matin est l’occasion de rencontrer les vrais chinois (les Chinois sont très mâtinaux). Il existe une véritable vie communautaire en Chine où l’on voit les Chinois danser le soir sur les places, ou jouer à toute heure et par tout temps au Mahjong. Dans les parcs, on les voit chanter, danser, pratiquer les arts martiaux.
Se promener à vélo dans les différents quartiers (le quartier de Sanlitun est à l’opposé du quartier des étudiants) peut être un bon moyen de découvrir Pékin.

Etudiants étrangers apprenant le chinois à l'Université des langues étrangères ("Beiwai")
La rue des bars à Sanlitun

Grand magasin japonais à Sanlitun au moment de noêl
Petites informations
Pour avoir toutes les informations sur les activités culturelles, les adresses des restaurants et des bars recommandés à Pékin, un mensuel gratuit que l'on peut trouver dans les bars, restos ou hôtels internationaux : That's Beijing (il existe aussi un That's Shanghai).
Ce magazine a également un site internet et un forum : http://www.thatsbj.com/index.php?a=28&b=150
Un site d'une association qui organise différentes activités culturelles et voyages pour les expatriés : http://www.chinesecultureclub.org/
15 novembre 2006
Journal à rebours - La vie des parcs en Chine
LES CHINOIS DANS LES JARDINS - 6 et 7 novembre 2004

Si j'avais eu très envie d'aller sur la place Tian An Men le premier week end de mon arrivée en Chine, je dus me rendre à l'évidence que depuis l'auberge de jeunesse où j'étais logée, c'était un peu loin pour marcher jusque-là. C'est ainsi que finalement mes pieds me portèrent jusqu'au parc de Beihai (北海公园, mot à mot, parc de la mer ou du lac du Nord), qui est un jardin traditionnel impérial - le plus grand de Pékin avec celui du Palais d'été - se composant principalement d'un lac et d'une colline.
A peine étais-je arrivée dans ce parc - déjà épuisée - que je fus surprise par l'ambiance qui y régnait un dimanche matin à 10h30 (j'étais matinale à mes débuts). Non seulement il y avait du monde et, surtout d'ailleurs, des groupes de touristes chinois reconnaissables à leurs casquettes rouges ou jaunes, mais encore il y régnait une ambiance toute particulière qui est celle de tous les parcs et jardins chinois quelle que soit la période de l'année. J'entendais en effet de la musique d'instruments traditionnels chinois (erhus, pipas...) couverte par les voix de Chinois reprenant en choeur ce qui semblait être des chants patriotiques.

Au fur et à mesure que je m'avançais dans les allées de ce parc plus ma surprise allait grandissante. Ces Chinois dont on s'imagine qu'ils ont à pâtir des transformations de leur pays semblaient avoir une vie beaucoup plus saine que nous, beaucoup plus communautaire aussi.
C'est ainsi que, dans les parcs chinois, on peut assister ou même se joindre à des cours de danse donnés en plein air (les Chinois se regroupent aussi sur les places publiques). Il est alors amusant de voir certains alterner les danses traditionnelles chinoises, le tango, la macarena ou même la techno comme si, peut-être, ils cherchaient là un exutoire à la monotonie de leur vie quotidienne ou trouvaient dans ces endroits publics des terrains de jeux, des refuges bien souvent plus agréables que les appartements ou petites maisons dans lesquels ils vivent.

Un peu plus loin, on croise ceux qui pratiquent le Taiqichuan ou d'autres arts martiaux, ceux qui jouent une sorte de football chinois (ti jian zi) qui consiste à s'envoyer à l'aide de ses pieds un volant fait de plumes, ceux qui s'entraînent à marcher à reculons et ceux beaucoup plus rares, qui font leur jogging. On aperçoit aussi quelques énergumènes qui promènent non pas leur chien en laisse mais leur oiseau en cage.

Il y a aussi ceux qui se prennent peut-être eux-mêmes pour un oiseau lorsqu'ils font voler le plus haut possible leurs cerfs-volants dans les airs.
Le parc en Chine apparaît ainsi comme un hâvre de paix, le lieu de liberté où l'on se rend pour se ressourcer comme le faisaient autrefois les empereurs chinois enfermés dans leurs palais.
12 octobre 2006
Journal à rebours – Nous mène là, à Tian An Men
NOUS MENE LA, A TIAN AN MEN - 6 novembre 2004
TIEN AN MEN - De CALOGERO
Quand les yeux ont tout vu et tout subi
Que même les dieux ont perdus de leur magie
Quand les mots ne vous répondent plus
On courbe le dos
Un jour au bout de la rue...
Vous mène là
A Tien An Men
A pas baisser les bras
Seul face à soi même
On se voit faire le pas
De donner ses chaînes
Parcequ'on a plus que ça
P't-être que Tien An Men
Est plus près que ce qu'on croit
Que nos guerres quotidiennes
Valent aussi la peine
Mais on ne les voit pas
Quand les gestes fléchissent sous le plus fort
Qu'il ne vous reste
Plus qu'a se rendre d'accord
Quand plus rien
N'est à perdre ou à prendre
On ne vous retient
Un jour la fin des méandres...
Vous mène là
A Tien An Men
A pas baisser les bras
Seul face à soi même
On se voit faire le pas
De donner ses chaînes
Parcequ'on a plus que ça
Peut-être que Tien An Men
Est plus près que ce qu'on croit
Que nos petits combats
Valent aussi la peine
Mais on ne les voit pas
Parcequ'on a encore ça dans les veines
Et pas d'autres choix
Un jour le destin vous emmène
A Tien An Men 
Symbole de la grandeur de la Chine, la place Tian An men, ou « porte de la paix céleste », se trouve au cœur même de Pékin (le portrait de Mao étant le kilomètre 0 à partir duquel toutes les distances sont mesurées), c’est le passage entre la Chine impériale (la Cité interdite se trouvant juste en face), et la Chine communiste. Elle est l’image de la grandeur de la Chine, le centre politique de ce pays, là où siège l’Assemblée Nationale Populaire et où l’on peut visiter le Musée de la Révolution, le Musée d’histoire de la Chine, le Mausolée de Mao Zedong, là aussi où se fait le décompte des jours, minutes et secondes avant l’ouverture des jeux olympiques de Pékin. Là aussi où les étudiants croyant en l’ouverture de leur pays, s’étaient rassemblés en mai 1989….
C’était donc avec ces images et la chanson de Cologero en tête que je souhaitais me rendre sur cette place, le premier week-end de mon arrivée en Chine. Finalement, j’y suis allée beaucoup plus tard car en observant le plan que j’avais acheté, je ne m’étais pas rendu compte que les distances entre chaque bloc étaient si grandes et que la place Tian An Men – même si je suis une bonne marcheuse -, était beaucoup plus loin que je ne le pensais.
Longer la cité interdite et arriver jusqu’à la place Tian An Men est donc un chemin que j’ai souvent fait, à pied, à vélo, en cyclo. C’était même l’une de mes promenades préférées, avant de me rendre à Qianmen, Wangfujing ou Xidan. C’est parce que ce lieu est si symbolique pour moi, que je m’y étais également rendue le 31 décembre 2004, à minuit. J’avais dû passer pour une fêlée, à me rendre là en plein hiver, si tard, sur mon vélo alors qu’il ne s’y passait rien, juste quelques occidentaux qui avaient dû avoir la même idée que moi et qui buvaient du champagne devant le monument des Jeux Olympiques. C’est là que j’aurais aimé retourner encore une dernière fois, la veille de mon retour en France.
La première fois que mes pas me menèrent là, à Tian An Men, c’était après avoir longé tout d’abord la Cité interdite (je recommande de la découvrir dans ce sens là, c’est plus impressionnant de franchir le pont qui relie la Cité à la place, et de voir s’étendre devant soi cette place de 50 hectares environ, 500 mètres d’est en ouest, 880 mètres du nord au sud). Je fus frappée par l’immensité de cette place ; évidemment, cela me faisait quelque chose de voir les soldats tout autour – c’était un peu avant qu’ils baissent le drapeau – mais surtout je voyais ces Chinois circuler autour, prendre des photos, se photographier avec joie devant le portrait ou le mausolée de Mao, acheter des drapeaux rouges pour leurs enfants. Comme si ce qui s’était passé quinze ans auparavant était complètement oublié, comme si tout s’était envolé, comme ces cerfs-volants que l’on voyait voltiger un peu partout. C’est à ce moment-là, que je pris conscience de toute la signification qu’avait pour moi le fait d’être en Chine. Je voyais ces chinois si différents de moi, et pourtant proches aussi. Ils m’amusaient avec leurs cerfs-volants, leur enfant unique, leurs drapeaux. On voyait ceux venus de la province qui attendaient que les soldats viennent baisser le drapeau. Ils étaient si nombreux, si identiques et différents à la fois. J’ai ri, lorsqu’au moment où ces drapeaux ont été baissés, ils se sont mis à sautiller par-dessus l’épaule de leur voisin pour mieux voir (en réalité il n’y avait pas grand-chose à voir et pas de musique qui accompagnait l’action). Je riais et en même temps j’étais émue. L’image de la place Tian An Men avait été si présente dans ma mémoire, j’avais vu ce portrait de Mao aux actualités et ces slogans « Vive la République Populaire de Chine » (中华人民共和国万岁), « Vive l’union des prolétaires du monde » (世界人民团结万岁), mais avoir tout cela devant les yeux, en vrai, c’était différent.
10 octobre 2006
Journal à rebours - La Chine et le Droit
COLLOQUE SUR LE CODE CIVIL A L'UNIVERSITE DE TSINGHUA ET REFLEXIONS SUR LE DROIT EN CHINE- 5 novembre 2004

Avoir à traiter des questions de coopération judiciaire dans un pays qui ne reconnaît pas les droits de l’homme comme des droits universels, pouvait à ce titre apparaître aussi comme un véritable défi. C’est pourquoi j’avais accepté avec joie le poste de Chargée de mission à l’Ambassade de France en Chine et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’avais été mise dans le bain très rapidement puisque dès le lendemain de mon arrivée, je devais assister au colloque organisé par l’Ambassade sur le bicentenaire du Code Civil, à l’Université de Tsinghua, l’une des plus prestigieuses de Chine.
Il peut apparaître très étonnant qu’un tel colloque sur le Code civil ait été organisé en Chine, un pays où l’Etat de droit n’existe pas : pas d’indépendance judiciaire, une hiérarchie des normes confuse, des droits de la défense quotidiennement bafoués, des condamnations sans intervention judiciaire (la rééducation par le travail). Pourtant, la tenue de ce colloque n’était pas uniquement dûe à un jeu de circonstances (la célébration du Code civil napoléonien un peu partout dans le monde ; la nécessité pour le secteur Coopération judiciaire d’organiser un évènement marquant l’année de la France en Chine – la France se présentant comme le pays des droits de l’homme), elle accompagnait également la réflexion menée par la Chine sur la codification de son droit. Les Chinois aimant se réclamer du droit écrit et de la tradition juridique dite continentale, ils ont pour cette raison célèbré, comme une trentaine de pays dans le monde, le bicentenaire du code civil.
Depuis son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce le 11 décembre 2001, la Chine est entrée dans l’ère des réformes juridiques fondamentales. Outre l’adaptation de son droit des affaires, les quatre réformes qu’entreprend progressivement la Chine concernent :
- la réforme de la procédure législative, face au désordre normatif ;
- la réforme judiciaire, en raison des carences du système et de ses enjeux ;
- une réforme de codification, avec l’attente d’un Code civil ;
- et la réforme constitutionnelle, socle du système juridique
On peut citer comme preuve de progrès, l’application en 2002 du Système d’examens d’Etat selon lequel, à l’avenir, le juge doit passer tout d’abord les examens judiciaires (jusque-là, il n’existait pas d’examen national pour la désignation des juges ; ils pouvaient être nommés sans réelle compétence juridique, c’est ainsi que j’en ai rencontrés qui avaient fait des études d’informatique...). De même, on constate une amélioration du mécanisme et des organes du procès. De fait, le droit chinois n’a jamais été aussi sophistiqué, jamais mieux enseigné et les juges, procureurs ou avocats n’ont jamais été aussi bien formés. On constate également que les individus accèdent de plus en plus facilement à la justice et la Chine s’est fixé l’objectif d’achever d’ici 2010 sa réforme juridique.
Si la Chine se lance dans une véritable réflexion sur la modernisation de l’Etat, elle n’est malgré tout pas prête à réformer son propre régime politique. Elle se livre donc à un difficile jeu d’équilibriste entre ouverture économique, réformes constitutionnelles et rigidité politique et continue à pratiquer un double langage.
Malgré tout, les contraintes et les résistances sont innombrables sur le chemin menant vers un État de Droit. Même si l’état chinois fait de la réforme de la justice une priorité, il existe encore de nombreux obstacles qui l’empêchent d’aboutir : l’habituelle distance entre les textes et leur application mais aussi et surtout la corruption et le manque d’indépendance au sein de la justice. L’indépendance personnelle du juge n’est pas toujours reconnue et de fait, l’institution du Comité des juges comme instance suprême de décision le déresponsabilise et l’indépendance collective des juridictions est limitée par l’interférence des autorités administratives et surtout de certains cadres du Parti communiste, même si le rôle dirigeant constitutionnel de ce dernier semble exercé de façon moins directe que par le passé à l’égard de la magistrature. Il peut sembler annecdotique de dire que pour les concours ouverts aux magistrats ou aux professeurs de droit, ce ne sont pas les candidats eux-mêmes qui décident de s’y présenter, mais leurs autorités qui le décident pour eux.
09 octobre 2006
Journal à rebours - premières impressions
PREMIERES IMPRESSIONS DE CHINE - 4 novembre 2004
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le voyage pour aller en Chine n’a pas été des moins fatigants (vols changés, retard en raison d’orages dans le nord de l’Europe, escale de quatre heures à Amsterdam où j’ai cédé à la tentation d’acheter, le Code Da Venci, en langue anglaise). C’est donc avec un certain soulagement que j’ai été accueillie à l’aéroport de Pékin par – je ne plaisante pas – Mao, un des chauffeurs de l’Ambassade.
Ma première impression a été qu’il ne faisait pas si chaud que cela – hé oui, je m’étais toujours rendue en Asie en été – puis que cela ressemblait un peu à Taiwan même si l’atmosphère y était différente. La distance de l’aéroport à l’endroit où j’allais vivre et travailler, ces ponts d’autoroutes…. C’était un jeudi vers midi, et je trouvais qu’il n’y avait pas beaucoup de voitures (par la suite, cette impression allait changer). A ma grande surprise, le chauffeur me déposa directement au SCAC et non à mon hôtel, où j’aurais préféré me reposer et me changer un peu avant de rencontrer mon chef…. Celui-ci me proposa directement d’aller déjeuner dans un restaurant français dans lequel on pouvait emprunter aussi des livres, en anglais. C’était là quelque chose qui me surprit énormément, je me disais que finalement la Chine était peut-être plus développée et ouverte que je ne le pensais mais ce que je ne savais pas, c’est que je me trouvais dans un quartier très particulier de Pékin, celui de Sanlitun (三里屯), où se trouvent toutes les ambassades et où vivent les expatriés, un quartier connu aussi pour ses bars et ses restaurants internationaux.
Pourtant, je trouvais quelques images qui correspondaient à ma vision de la Chine telle que je me l’étais faite. Tout d’abord, tous ces vélos très nombreux qui passaient et puis le nom des rues qui rappellent que ce pays a été en un temps communiste – maintenant on ne sait plus trop ce qu’il est… L’auberge de jeunesse dans laquelle j’allais résider les premières semaines se trouvait ainsi dans le Stade des Travailleurs (Gongrenmin yuchang). Le soir, lorsque je cherchais mon auberge avec mes valises, je découvris à mes dépens, que les Chinois se repéraient en s’aidant des quatre points cardinaux et que la rue des travailleurs nord n’était pas la même que la rue des travailleurs sud.... Je constatai aussi qu’il fallait indéniablement que je m’efforçasse d’améliorer mon chinois, peu de Chinois parlant l’anglais.
Dès le premier jour, j’avais contacté des agents immobiliers et visité le soir des appartements. Aucun ne me plut, je trouvais les immeubles très insalubres et une chose que je ne pouvais supporter, c’était de voir que dans les ascenseurs, il y avait toujours une bonne femme qui était là et dont le travail consistait à appuyer pour nous sur le bouton de l’étage désiré. Si dans les ascenseurs de grands magasins cela peut être concevable, cela l’est moins, pour moi dans un immeuble privé. Non seulement je ne me serais pas sentie libre dans un tel endroit où quelqu’un observe toutes mes allées venues et voit qui monte avec moi, mais encore j’aurais été mal à l’aise à chaque fois que j’aurais pris l’ascenseur. Pour moi, le fait que ces femmes passent leur vie dans l’ascenseur (dans certains, il y avait une petite table et chaise pour elles) et ne voient pas la lumière du jour, c’est pire qu’une prison.
Le soir, lorsque je me retrouvai seule dans ma chambre – je devais la partager avec trois autres filles mais elles étaient sorties -, mes impressions étaient donc mitigées. Je sentais que cela n’allait pas être si facile que cela, que je n’aurais plus personne pour m’aider, mais que je n’allais pas baisser mes bras, j’avais un superbe défi à relever.
04 octobre 2006
Journal à rebours - clichés de Chine
CLICHES DE CHINE
Premier séjour dans la
Chine continentale, premiers regards critiques sur un pays avec lequel j'ai
toujours eu une relation complexe, à la fois d'attraction et de répulsion.
Zhongguo (中国),
le "pays du milieu" ou "empire du milieu", ainsi s'appelle
la Chine en chinois.
Un nom qui illustre bien la manière dont la Chine se perçoit et se présente
au monde. Une Chine nationaliste qui n'a pas besoin, qui ne cherche pas
vraiment à s'ouvrir, une Chine qui ne se perçoit peut-être pas comme le centre
du monde mais qui préfère se concentrer sur ses propres intérêts, une Chine
nombriliste. Une Chine qui se protège contre les invasions extérieures, à
l'image de sa grande muraille construite pour arrêter les Mongols et qui
aujourd'hui se protège contre les investisseurs étrangers jugés trop
entreprenants par un contrôle rigoureux de sa monnaie ; une Chine qui entre
dans l'OMC pour mieux imposer ses règles. Ainsi, si la Chine a initié une
politique d'ouverture à la fin des années -70 sous l'impulsion de Deng
Xiaoping, elle ne s'ouvre réellement qu'en raison du pouvoir d'attraction
qu'elle exerce sur les entrepreneurs occidentaux, attirés et aveuglés par les
chiffres qu'elle affiche : près de 10% de taux de croissance, une population
d'1,3 milliards. Chiffres vertigineux et pourtant préoccupants, chiffres qui
cachent les problèmes internes de la Chine, chiffres à replacer dans leur
contexte, chiffres à double tranchant.
2004, année de la Chine en France ; 2005, année de la France en Chine.
Années croisées qui célébrent les quarante ans de la reconnaissance de la
République Populaire de Chine par le Général de Gaulle. Relations ambigües,
plus basées sur une Realpolitik que
sur une réelle amitié entre ces deux pays, même si l'ami JIANG Zemin a été
invité à danser par Bernadette Chirac au son des accordéons lors de sa visite
en France en 1999.
Quels points communs entre la France qui aime à se présenter comme le pays
des droits de l'homme et la Chine connue pour les "incidents" de 1989
?
Certes, si on interroge les Chinois sur l'image qu'ils ont de la France, il
apparaît que cette dernière peut présenter quelques caractéristiques en commun
avec l'Empire du milieu : une fois passée les clichés sur le romantisme
français (hé oui, nous sommes romantiques nous les Français), la France
apparaît comme un pays qui a une longue histoire (même si les Chinois ne
connaissent que le nom de Napoléon voire de De Gaulle), une richesse culturelle
: le sourire de la Joconde presque aussi célèbre que le portrait de Mao.
Clichés sur la Chine, pays qui nous apparaît étrange, contrariant parfois
dans ses contradictions.
Un pays communiste où pourtant le libéralisme est plus fort que partout ailleurs
en certains endroits.
Une Chine athée mais qui voit renaître le sentiment religieux, perçu
parfois comme source d'instabilité.
Une Chine nationaliste où pourtant les tensions entre les Hans et les
autres minorités ne sont pas à négliger et où l'une des grandes peurs est le
séparatisme (loi anti sécession votée par l'ANP le 14 mars 2005 et qui vise la
"province rebelle" de Taiwan).
Une Chine qui affiche des chiffres de croissance spectaculaires dans les
grandes villes, qui se modernise à une vitesse fulgurante mais qui dans les
provinces voire dans quelques ruelles derrière les grandes avenues, les hutongs, ressemble plus au quart-monde
avec ses hordes d'ouvriers, les mingongs,
qui essayent d'échapper à leur misère en cherchant du travail en ville.
Une Chine pleine de contradictions mais fascinante, tellement différente,
tellement déroutante. Un système d'écriture érigé en art et qui traduit la
manière de pensée chinoise, sorte de gymnastique spirituelle dans laquelle la
maîtrise du pinceau est tout aussi importante que le contenu.
Une Chine révolutionnaire mais qui redécouvre son héritage culturel, ses
traditions. Une Chine tellement autre, connue en Europe qu'au travers de
certains clichés, de certaines images présentes à l'esprit : le cinéma chinois
avec la belle Gong-Li (qui d'ailleurs n'est pas considérée si belle que ça en
Chine...), les arts martiaux avec Bruce Lee et les moines de Shaolin, l'opéra
chinois avec Adieu ma concubine.
Une Chine qui évolue, qui
s'ouvre au monde à l'image de cette cité interdite, palais des empereurs de
Chine, cité vaste et coupée du reste du monde, saccagée lors de la Révolution
rouge mais qui aujourd'hui retrouve sa magnificence avec comme porte d'entrée
celle de la paix céleste, Tian an men,
où trône le dernier vrai empereur chinois, Mao.
Une Chine que je m'en vais
découvrir de l'intérieur après l'avoir étudiée de l'extérieur.




