24 avril 2008
Economie : Quelques chiffres (1)
LES RELATIONS COMMERCIALES UE-CHINE : QUELQUES CHIFFRES
Quelques données et chiffres clés sur les échanges commerciaux entre l'Union européenne et la Chine:
- La Chine est le marché d'exportation qui connaît la croissance la plus rapide pour l'UE, dont les exportations vers ce pays ont bondi de 75% entre 2003 et 2007, totalisant 72 milliards d'euros l'an dernier.
- Les importations de l'UE en provenance de Chine ont augmenté de 21% par an au cours des cinq dernières années, totalisant 231 milliards d'euros en 2007.
- Le déficit commercial de l'UE avec la Chine augmente de 17 millions d'euros chaque heure qui passe. En 2007, il s'établissait à 159 milliards d'euros.
- Près de 80% des produits contrefaits saisis aux frontières de l'UE en 2006 venaient de Chine. Les entreprises de l'UE concernées estiment que les violations des marques, brevets et de la propriété intellectuelle en Chine leur coûtent 20% de leur chiffre d'affaires potentiel annuel dans ce pays.
- En 2007, la Chine était le troisième exportateur mondial, derrière l'Allemagne et les Etats-Unis. Le pays représente environ 7% du commerce international de produits.
- Les entreprises de services de l'UE ont du mal à entrer sur le marché chinois. Depuis 2001, Pékin a accordé 22.000 licences dans le domaine des télécommunications en Chine, dont sept à des entreprises étrangères. La Chine limite les possibilités d'investir et de posséder des entreprises dans le domaine de la banque, du bâtiment et des télécommunications. Les cabinets juridiques étrangers ne peuvent employer des avocats chinois.
- Les barrières commerciales chinoises représentent pour les entreprises de l'UE une perte de chiffre d'affaires de 21 milliards d'euros par an.
-
Les investissements de l'UE en Chine ont atteint 3,7 milliards d'euros
en 2006 et 5,9 milliards en 2005. De son côté, la Chine a investi en
Europe 2,1 milliards d'euros en 2006 et 441 millions en 2005.
Source : Le Nouvel Observateur, 23 avril 2008
18 avril 2008
La Chine, un Caliméro nationaliste ?
MSN CHINE : "I LOVE CHINA"
A l'heure où la flamme olympique anime des passions enflammées sur son parcours, entre défenseurs de l'indépendance du Tibet, associations de défense des droits de l'homme, pro-chinois, anti-chinois etc., on voit rejaillir en Chine un très fort sentiment nationaliste mêlé à une amertume, celle d'être mal comprise et aimée, une vraie sensation d'injustice. La Chine ressemble alors à ce pauvre Caliméro qui s'écrie : "c'est trop injuste !", ce pauvre Caliméro qui ne voit pas ce qu'il se passe au-delà de sa coquille et qui croit que si l'on n'apprécie pas certaines choses en lui, c'est toute sa personne qui est remise en cause. Malgré tout, si la Chine est un Caliméro, c'est un Caliméro fier, un Caliméro qui se rebiffe et ne se laisse pas abattre, un Caliméro qui est fort et nationaliste. J'en veux pour preuve l'anecdote suivante :
Ce matin, en me levant beaucoup plus tôt que d'habitude, je me suis connectée sur msn pour lire mes emails. J'ai alors eu la surprise non pas de voir que mes contacts chinois étaient connectés - vu qu'il s'agissait d'une heure d'affluence pour eux - mais de constater qu'ils avaient tous mis à côté de leur pseudo ou prénom des petits cœurs rouges avec écrit "I love China".

En effet, comme le montre cette dépêche de l'AFP d'hier, "MSN Chine, version chinoise du célèbre portail du groupe Microsoft, est également touché par le nationalisme ambiant en Chine: le portail a invité les usagers chinois à mettre un coeur rouge suivi de "China" devant leur pseudonyme pour exprimer leur soutien aux jeux.
En page d'accueil de son site chinois (http://cn.msn.com), MSN appelle "les Chinois du monde à inscrire des coeurs rouges pour exprimer leur amour de la Chine et soutenir les jeux Olympiques de Pékin". Sur la messagerie "Messenger", les coeurs rouges ont fleuri.
Selon MSN Chine, mercredi après-midi, plus de deux millions de personnes s'étaient laissées convaincre.
Depuis la crise tibétaine et les incidents ayant émaillé les étapes européennes de la flamme olympique, en particulier à Paris, les commentaires nationalistes se font virulents sur l'internet chinois. Certains internautes ont même appelé au boycott de marques françaises, comme Carrefour, le géant de la distribution très présent en Chine." (Source AFP :http://afp.google.com/article/ALeqM5ixhtXn64gttMXm-LZz3A1WPYKKsg)
Voyant tous mes contacts chinois faire preuve de romantisme auprès de leur pays, je me demande quand même si ces petits coeurs sont mis volontairement ou automatiquement. Néanmoins, pour avoir vécu en Chine et discuté avec plusieurs Chinois, je peux comprendre non pas ce nationalisme mais le sentiment d'injustice qu'ils peuvent éprouver. En effet, c'est à l'heure où la Chine s'ouvrait au monde, quittait son autarcie volontaire ou imposée, que le monde lui renvoie en pleine figure ce qu'elle est réellement. Par ailleurs, peu de Chinois savent ce qu'il se passe réellement au Tibet et d'ailleurs, dans les autres régions chinoises. Leur gouvernement leur donne sa vérité, sa vision du monde.
Pour autant, même si chacun peut avoir sa vision du monde, celle-ci ne doit pas conduire à ce que Huntington un "choc des civilisations" ; la confrontation est saine et doit être l'occasion d'échanges - mêmes enflammés - et non d'un repli sur soi ou d'une haine de l'autre.
15 mars 2008
Disparités régionales en chine
10 décembre 2007
Qui a dit que la Chine n'était pas chère ?
cLES DIX VILLES LES PLUS ONEREUSES DU MONDE : HONG KONG LA PREMIERE ET SHANGHAI LA HUITIEME
Au cours de mon séjour en Chine, j'ai pu constater que le coût de la vie n'était pas toujours aussi intéressant qu'on pouvait le croire et que les prix augmentaient à une vitesse incroyable. Or, d'après une étude de l'ECA, organisation internationale spécialisée dans l'analyse des évolutions marquantes de la qualité de vie dans le monde, deux villes chinoises figureraient parmi les villes les plus coûteuses dans le monde : Hong-Kong et Shanghai.
En effet, si l'on tient compte des frais de consommation se rapportant à la nourriture, au logement, au loyer et aux autres dépenses de la vie quotidienne, le territoire de Hong Kong et la ville de Shanghai sont respectivement classés premier et huitième sur la liste.
Les dix premières villes et territoires du monde qui figurent sur la liste sont les suivants : Hong-Kong, Tokyo, New York, Moscou, Séoul, Londres, Bombay, Shanghai, Caracas et Paris.
Source : http://french.peopledaily.com.cn/Economie/5789237.html
17 novembre 2007
JO de Pékin : l'impact internationalLA
PREPARATION DES JEUX OLYMPIQUES : L'IMPACT INTERNATIONAL
Juste un an avant, j'avais déjà consacré un article sur les jeux olympiques de Pékin, aujourd'hui, je voudrais me pencher plus sur l'impact international de ces jeux.
Si cet évènement mondial sera sans
doute l'occasion d'exploits sportifs, sur le plan politique et social, il a
déjà un impact très important qui n'a pas échappé au gouvernement chinois
lorsqu'il a poussé la ville de Pékin à se porter candidate. En laissant la
Chine organiser cette fête sportive, les organisateurs du CIO lui ont accordé
le droit de réintégrer dignement la scène internationale et d'effacer les
images de Tian An Men véhiculées à travers le monde. En faisant cela, ils ont accompli
un acte politique très important et contestable, ils ont offert à la Chine la possibilité
de réintégrer le cercle des nations "fréquentables" et d'entrer dans
la danse des pays animés par l'esprit olympique où l'important ne serait pas, à
en croire Pierre de Coubertin, de gagner mais de participer.
Pourtant, au-delà de l'envie de
célébrer le sport et le partage, les jeux olympiques sont aussi l'occasion du
plus grand étalage de nationalisme, de commerce et de politique au monde.
Pour la Chine, il s'agit de
"valider sa puissance internationale et son influence" comme l'a
affirmé LIU Qi, le chef du comité d'organisation chinois et membre du bureau
politique du parti communiste au pouvoir et de prouver qu'elle est capable de
réaliser un sans-faute dans l'organisation de cette compétition.
Pour les nations occidentales, c'est
une opportunité pour elles d'entrer en Chine et de renforcer le commerce. Je me
souviens d'ailleurs à l'annonce de la sélection de Pékin pour accueillir la
29ème olympiade du 8 au 24 août 2008 - après l'échec de 1992, encore trop
proche de 1989 - Coca-Cola qui se positionnait déjà pour sponsoriser ces jeux.
Les bulles lui montaient à la tête rien qu'en imaginant combien il pourrait
gagner si chaque chinois, lors de ces jeux, achetait au moins une canette de
coca....
Mais au-delà de cet engouement pour les jeux, certains, plus regardants sur la question des droits de l'homme sans doute, en appellent malgré tout au boycott.

ou en profitent pour faire passer leurs revendications ou dénoncer certains actes

La Chine, sachant qu'elle va retenir l'attention a donc beaucoup à perdre et à gagner de ces jeux. Voulant afficher un esprit d'ouverture au service de son nationalisme et de sa propagande politique, elle souhaite que la flamme olympique passe par le Tibet et Taiwan, comme pour témoigner au monde leur statut de région pour l'une et de province pour l'autre. Le gouvernement taiwanais ne s'y est pas trompé en refusant le passage sur son territoire de cette flamme qui risque de raviver le feu.
Pour rassurer et répondre à ces attaques, la Chine a promis de faire des efforts sur le plan politique en garantissant plus de libertés à ces citoyens et aux médias. Elle mise aussi sur l'image qu'elle va renvoyer et a donc engagé une vaste campagne pour préparer sa population à la tenue de ces jeux (chauffeurs de taxi qui prennent des cours d'anglais, chinois qui apprennent à faire la queue, à ne pas cracher dans la rue sous peine d'amende...). Elle a placé ces jeux sous le signe de la protection de l'environnement - alors qu'on sait qu'aujourd'hui le pays est devenu le premier pollueur du monde - et entrepris de très vastes travaux d'aménagement de son territoire.
Difficile à l'heure actuelle de juger de l'impact de ces jeux aussi bien sur le plan international que sur le plan national. L'enthousiasme pour ces jeux ou au contraire leur boycott cachent des réalités très diverses.

10 novembre 2007
Economie : Le palmares des 50 premières marques de Chine
LE PALMARES DES 50 PREMIERES MARQUES DE CHINE
Le site Huna report a publié le palmarès des 50 premières marques chinoises pour l'année 2007.
Avec une valeur de 284 milliars de yuans (soit environ 28,4 milliards d'euros), c'est China mobile qui arrive en tête, suivi par ICBC, Bank of China, China construction Bank et China Life.
En termes de secteurs, les services financiers arrivent donc en tête de liste (12), suivi par les télécommunications (6), les produits d'électronique grand public (6) et les boissons (5).
Depuis l'ouverture de la Chine en 1978 et la loi sur les banques commerciales de 1994 qui a mis en place 3 « policy banks » (China Development Bank, Export-Import Bank of China et Agricultural Development Bank of China) censées prendre dans leur domaine de compétence les prêts de développement sans impératif de rentabilité pour laisser aux quatre institutions préexistantes, renommées à cet effet « commercial banks », le soin d’exercer leur activité selon les règles du marché, le secteur bancaire chinois a en effet connu un essor considérable.
Il en est de même pour le secteur des télécommunications (en 2007, un demi milliard de mobiles auraient été fabriqués) qui connaît une croissance phénoménale.
Parmi les 50 marques du palmarès, 21 sont des marques d'entreprises privées, non soutenues par l'aide gouvernementale.
Toutes les marques qui ont été évaluées par Hurun Report appartiennent à des entreprises continentales de Chine qui s'adressent directement aux consommateurs. L'évaluation a été synthétisée avec des données économiques et un sondage par questionnaire.


Sources : Hurun Report ; l'Atelier Asie de la BNP
20 octobre 2007
L'organisation administrative de la Chine
éL'ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE LA CHINE
L'organisation administrative actuelle de la Chine est l'héritière d'un
appareil d'Etat et d'un système bureaucratique de longue tradition; certaines
unités administratives sont très anciennes, comme les "districts",
d'autres plus récentes, comme les "provinces" apparues sous la
dynastie Ming (XIVème-XVIIème siècles).
La République Populaire de Chine a introduit à partir de 1947 la notion d' "autonomie régionale" stipulant les droits et les libertés des minorités nationales; traduite sous des vocables multiples selon les régions, la distinction d' "autonome" peut recouvrir tous les échelons de la hiérarchie administrative. En réalité, même si certaines régions sont considérées comme autonomes (Tibet, Xinjiang etc), elles restent très fortement sous la coupelle du gouvernement chinois qui se méfie de ces "régions" ou "provinces" à revendication indépendantiste (la Chine ne parle pas d' "indépendance" mais de "sécession").
Dans cette présentation de l'organisation administrative de la Chine, je vais volontairement écarter les aspects politiques sur l'appartenance ou non de tel endroit à la Chine, et m'en tenir strictement à la description faite par la Chine.
L'organisation administrative de la Chine est la suivante :
- Au niveau supérieur, le régime communiste a procédé, sous la période maoïste, à l'extension du périmètre des grandes "municipalités", leur adjoignant les zones rurales périphériques.
- Sous l'ère Deng Xiaoping, la décollectivisation
de l'agriculture et la disparition officielle des "communes
populaires" en 1982 ont permis un retour aux unités rurales
traditionnelles tels que le "canton" et le "village".
- Enfin, l'appel aux initiatives privées et la politique d'ouverture sur l'étranger a permis aux bureaucraties locales d'accroître considérablement leurs prérogatives.
Aujourd'hui, le découpage administratif
s'établit autour de 5 niveaux hiérarchiques
:
. niveau supérieur
: il comprend quatre types d'unités administratives :
· les provinces, au nombre de 22
· les régions autonomes, au nombre de 5
(Guangxi, Mongolie intérieure, Ningxia- Tibet, Xinjiang)
· les municipalités spéciales, au nombre de
4 relevant directement des autorités centrales (Pékin, Chongqing, Shanghai,
Tianjin)
· 2 « régions
administratives spéciales » (Macao et Hong Kong).
Ces structures sont
sous le contrôle direct du pouvoir central; elles sont dirigées par des
gouverneurs ou présidents et par des maires dans le cas des "municipalités
spéciales", leurs assemblées et comités du PCC.
. niveau 2 : l'unité administrative est
la préfecture ou ligue dans la région autonome de Mongolie intérieure.
. niveau 3 : l'unité administrative est
le district ou bannière pour la région autonome de
Mongolie.
. niveau 4 : l'unité administrative est
le canton, réapparu au début des
années 1980 en remplacement des communes populaires. Il est doté d'un
gouvernement cantonal. Le canton est caractéristique du monde rural, il fait le lien entre l'agriculure et l'activité
urbaine des bourgs.
. niveau 5 : l'unité administrative est
le village. Il regroupe toutes
les unités de bases telles les villages, hameaux et marchés ruraux. Sa
représentation est assurée par des comités de villageois selon la législation
de 1987.
15 juin 2007
Thématique : Le logement en Chine
LE LOGEMENT EN CHINE
La Chine est le pays le plus peuplé au monde, il est donc évident que la question du logement de cette population devient aussi une question cruciale. Si les espaces sont importants, la population, de plus en plus urbanisée (de 45% aujourd'hui à 60% en 2020), a de plus en plus de mal à se loger. Ainsi, il y aurait 400 millions de chinois à loger comme le titrait un article du Monde.
Or, les Chinois accordent une grande importance à la vie familiale et au logement. Ainsi, dans les campagnes mais encore largement dans les villes, on peut trouver 3 à 4 générations sous un même toit. Ainsi, dans l'immeuble que j'occupais, ma voisine avait ses fils qui vivaient dans l'appartement du dessus, avec leur enfant. L'une de mes meilleures amies chinoises, avant d'avoir son enfant, avait déjà réfléchi à l'aménagement de son appartement pour y faire vivre sa mère et son enfant à naître. Cela est encore plus frappant chez la minorité Hakka qui vit essentiellement dans le sud-est de la Chine (en particulier Huizhou) : leurs maisons sont circulaires et les grands clans familiaux y résident. Ces maisons en forme de champignons permettent d'abriter plusieurs générations d'une même famille, elles s'agrandissent en même temps que le clan.
Toutefois, la politique de logement est nettement différente dans les zones rurales et en milieu urbain. Dans les campagnes, les paysans sont officiellement enregistrés par leur résidence rurale (nongcun hukou). Le hukou est un papier très important pour le chinois, un instrument de mobilité, une sorte de permis de résidence, porteur de droits et d'obligations (le titulaire d'un hukou rural n'a pas les mêmes droits en matière d'éducation, de santé et de fiscalité que celui d'un hukou urbain) qui est délivré par chaque village, bourg, ou ville. Une fois enregistrés par leur résidence rurale, les paysans conservent la propriété d'un lopin de terre à usage privé qui leur permet de construire par leurs propres moyens une maison individuelle même si depuis peu, l'Etat a mené une politique incitative visant à promouvoir les habitats collectifs aménagés dans le cadre d'un processus de planification.

Cour intérieure dans un hutong et siheyuan à Pékin
En ville, à l'exception de riches chinois et occidentaux qui vivent dans des siheyuans (et encore à l'origine plusieurs familles y vivaient), l'habitat est presque totalement collectif. Locataires de leur appartement, les citadins ne possèdent pas la propriété du sol. C'est ainsi que l'Etat, dans des grandes villes comme Pékin, se permet de détruire des quartiers entiers et d'expulser leurs habitants, pour reconstruire des bâtiments plus modernes ou des centres commerciaux.
La Chine est un pays qui s'urbanise à une vitesse folle - il faut dire que même à Pékin, dans certains quartiers on pouvait se croire il y a encore quelques années à la campagne, voire dans une sorte de quart-monde où les gens vivent dans la rue de menus travaux. Ainsi, selon le China Statistical Yearbook, 11% de la population chinoise était urbaine en 1949, 29% en 1995 et 45% aujourd'hui. Le pays compte 20 millions de nouveaux urbains chaque année.
Pékin, qui s'apprête à accueillir les Jeux Olympiques de 2008 mais tout le pays aussi, semblent être un chantier permanent. Des quartiers sont détruits et reconstruits en quelques mois. C'est ce qui m'a frappée lorsque j'étais en Chine, l'impression d'un pays qui cherche à se construire sans savoir vraiment à quoi il va ressembler.


En me promenant dans les rues de Pékin, j'ai ainsi vu la fierté de ces chinois qui étaient persuadés que leur ville allait devenir la plus belle ville au monde mais aussi la tristesse de certains qui voyaient leur maison détruite, qui savaient qu'ils allaient devoir quitter cette ville et s'entasser dans des logements à la périphérie de la ville alors que leur famille vivait depuis des générations dans le coeur de la capitale. Un film particulièrement bien raconte ainsi la difficulté pour un vieux peintre de quitter sa maison peu confortable de Pékin pour un appartement. Il s'agit du film Sunflower réalisé par Zhang Yang en 2005.


L'urbanisation de la Chine a plusieurs conséquences :
Tout d'abord, un grand nombre de paysans décident d'abandonner leurs campagnes pour trouver du travail en Chine comme ouvrier. On les appelles les mingongs ou ouvriers-paysans (ou encore migrants car en Chine, en vertu du hukuo, il n'est pas si facile que cela de passer d'une région à une autre pour un chinois). Cette population, peu instruite et très pauvre, se retrouve à vivre dans des villes qu'elle ne connaît pas, elle est complètement exploitée. La seule perspective de ces mingongs est de gagner suffisamment d'argent pour permettre à leur enfant d'étudier.
Des intermédiaires permettent à ces mingongs de travailler sur les chantiers, ce sont eux qui reçoivent tout leur salaire et le reversent. Bien entendu, ceux-ci sont très méfiants lorsqu'ils voient des étrangers s'approcher d'un peu trop près, ainsi lorsque j'ai voulu prendre ma photo d'ouvriers en train de manger leur bol de riz, assis sur leur chantier, je n'ai pas été très bien vu par le promoteur immobilier qui m'avait prise pour une journaliste.

La beijing boom tower
Ensuite, sous l'effet de cette urbanisation et de ces chantiers, les villes chinoises se transforment. Certaines deviennent des "méga-cités" comme Pékin, Shanghai, Tianjin et Chongqing. Ces villes totalisent une population de plusieurs millions d'habitants et , avec l'essor du parc automobile, la circulation dans ces villes devient un vrai problème alors que les réseaux de transport, du moins à Pékin, sont peu développés. Pour résoudre ces problèmes, des projets les plus fous voient le jour.
Ainsi, le journal Le monde a cité le projet futuriste D-Rail d'un architecte hollandais, Neville Mars, et son équipe pluri-disciplinaire de jeunes chercheurs : un train qui tourne autour de Pékin, qui ne s'arrête jamais et auquel le passager accède par un "travelator", un tapis roulant à vitesse rapide. "Ce mode de transport à lévitation magnétique ultra-rapide, circulaire et hybride ferait le tour de la capitale, sur 65 km, entre le troisième et le quatrième périphérique actuels. Il serait surélevé, dans une structure où seraient aménagées des zones commerciales et de détente.
On peut également citer la Beijing Boom Tower, qui se présente comme une réflexion sur la densité, "ou comment créer un ensemble urbain le plus compact possible". Le résultat est un "quartier vertical" de 200 mètres de haut, dont les constructions - certaines sont l'équivalent de villas de luxe, d'autres de logements bon marché - s'élancent vers le ciel d'un socle commun géant et multifonctionnel de sept niveaux.
Mais l'urbanisation a également des conséquences politiques :
Ainsi, dans les années -90, une réforme du système de distribution des logements urbains a été lancée, faisant passer l'habitat du statut de bien géré par l'Etat à celui de produit de consommation régi par le marché. En théorie, les Chinois peuvent accéder à la propriété et l'on a donc vu apparaître des promoteurs immobiliers privés qui sont devenus des acteurs majeurs de la construction urbaine. On a alors assisté à une croissance de l'immobilier considérable. D'après les recensements annuels du Ministère de la Construction, la surface moyenne nationale est passée de 13,6 m² par personne en 1998 à 23,67 m² en 2003. Les logements deviennent plus confortables, les nouveaux ensembles sont souvent fermés et entretenus par une société de gérance spécialisée et sont équipés d'ascenseur.
Les fonctionnaires, avec leur ancienneté, peuvent devenir propriétaires (pour une durée limitée), de leur appartement à des prix inférieurs du marché. Ils ont alors la possibilité de les revendre au prix du marché. On voit ainsi apparaître une classe de propriétaires, que l'on pourrait désigner, si l'on n'était pas dans un pays communiste, de bourgeois. Parmi les premières fortunes de Chine recensées par Forbes, la moitié sont des investisseurs dans le secteur immobilier qui sont très respectés.
Or si certains profitent de ce nouveau système, d'autres au contraire, deviennent de plus en plus pauvres. En effet, faute d'une politique d'habitat social, l'accès au logement s'effectue exclusivement à travers le marché immobilier. De plus en plus de personnes ne sont donc plus en mesure d'avoir un logement, et la ségrégation sociale se renforce alors de manière très importante.

sources :
China statistical yearbook
Article "Logement" - Zhuo Jian in Dictionnaire de la Chine contemporaine, 2006
Article "400 millions de chinois à loger" in Le Monde, 26 mai 2007
11 avril 2007
Thématique : Beijing Bicycle
THERE ARE NINE MILLION BICYCLES IN BEIJING - Il y a 9 millions de bicyclettes à Pékin
KATIE MELUA - Nine million bicycles in Beijing
There are nine million bicycles in Beijing
That's a fact,
It's a thing we can't deny
Like the fact that I will love you till I die.
We are twelve billion light years from the edge,
That's a guess,
No-one can ever say it's true
But I know that I will always be with you.
I'm warmed by the fire of your love everyday
So don't call me a liar,
Just believe everything that I say
There are six BILLION people in the world
More or less
and it makes me feel quite small
But you're the one I love the most of all
[INTERLUDE]
We're high on the wire
With the world in our sight
And I'll never tire,
Of the love that you give me every night
There are nine million bicycles in Beijing
That's a Fact,
it's a thing we can't deny
Like the fact that I will love you till I die
And there are nine million bicycles in Beijing
And you know that I will love you till I die!


A en croire Katie Melua, il y aurait 9 millions de vélos à Pékin. Un chiffre qui peut sembler important mais qui correspond à l'image que nous nous faisons de la Chine. Le vélo reste en effet le mode de transport idéal et le moins cher, bien plus pratique qu'une voiture souvent bloquée dans les encombrements. Ainsi, pour Wang Xiaoshuai, le réalisateur du film Beijing Bicycle, "le vélo a toujours été un des emblèmes de Pékin et même de la Chine toute entière. Bien qu'il ait perdu beaucoup de sa gloire, il reste un moyen de transport important car il n'y a pas beaucoup de motos ni de voitures. Il n'est plus l'objet que tout le monde désire mais reste quelque chose dont on a toujours besoin même si on souhaite le remplacer. Il est ainsi devenu peu à peu le symbole d'un manque de moyens."

Même si aujourd'hui le vélo semble plus accessible aux ménages chinois (on peut s'en procurer un pour une centaine de kuais), la somme représente quand même une part importante de leur salaire (voire selon qualité plusieurs salaires). La bicyclette, popularisée sous Mao Zedong, où elle était réservée à une élite ouvrière, s'est généralisée véritablement qu'à la fin des années -70. Elle est à la fois le moyen de transport privilégié mais aussi un outil de travail. Il n'est pas rare de voir dans les rues de Pékin des Chinois transporter des tonnes de choses sur leur vélo, plus ou moins transformé. A tous les coins de rue, on peut trouver un réparateur de vélos, des parking à vélos.

Le vélo est donc devenu un objet de consommation mais aussi un objet de désir. Le film Beijing Bicycle de Wang Xiaoshuai l'illustre parfaitement puisque ce film raconte comment un jeune garçon, pour gagner sa vie, va se payer à crédit un VTT et travailler pour une entreprise de livraison. Or ce vélo lui est volé et le jeune Guei va alors risquer sa vie pour le récupérer. Beijing bicycle illustre bien la valeur du vélo en Chine mais aussi le décalage qui peut exister dans ce pays, les écarts de revenus et de richesse. D'un côté la Chine moderne, riche, entreprenante, de l'autre la pauvreté qui se cache à l'intérieur des murs de la ville - les Hutongs - ou dans les campagnes.


En annecdote, si vous faites l'achat d'un vélo en Chine, n'espérez pas le garder longtemps même si vous achetez de nombreux antivols. En effet, je me suis moi-même fait voler un certain nombre de vélos et même un vélo-moteur qui se trouvait à l'intérieur de mon immeuble. J'ai une collègue dont le mari s'est fait voler 20 vélos, une fille que je connais 10 en l'espace de deux ans.... Dans ce cas-là, mieux envisager le vélo comme une location....

S'il peut apparaître dangereux de circuler à vélo dans les rues de Pékin quoique pas plus je pense qu'à pied, si l'on n'a pas peur de la circulation et de gens pouvant surgir d'un seul coup dans n'importe quel sens, se promener à bicyclette dans la ville peut être, je trouve, bien agréable. Une manière de visiter Pékin au fil de ses envies, de se glisser dans les ruelles et hutongs, d'observer la vie et l'énergie déployée par les Chinois.

Pour en savoir plus sur le film Beijing Bicycle, je vous renvoie à cette adresse : http://www.fluctuat.net/cinema/chroniques01/beijing.htm
09 mars 2007
Thématique : La condition des femmes en Chine
LA JOURNEE DE LA FEMME ET CONDITION DE LA FEMME EN CHINE


8 mars... Journée internationale de la femme comme si la femme était une espèce minoritaire à protéger et qui a le droit, uniquement une fois par an à sa journée.... Journée très symbolique surtout et encore plus dans les pays communistes. En effet, c'est un 8 mars 1917 que les femmes ouvrières russes sont sorties dans les rues pour déclencher une grève générale qui plus tard allait s'insérer dans des actions qui ont inauguré la Révolution russe. De même en Chine, le grand timonier Mao a été reconnaissant à ces femmes qui ont activement participé à la Révolution et qui étaient désignées par les slogans comme "la moitié du ciel".
Aussi, pour la journée de la femme, la plupart des femmes ont le droit a une demi-journée de congé tandis que leurs collègues masculins travaillent. Elles se font offrir des fleurs et inviter au restaurant par leur petit ami. C'est ainsi qu'une amie chinoise, de condition très modeste, avait profité du fait que son fiancé l'invitait au restaurant, pour qu'il m'invite aussi (sympa la fille) !
La révolution communiste de 1949 a sans aucun doute été l'évènement le plus important du siècle pour l'amélioration du statut des femmes en Chine (le Parti communiste, contrairement au Confucianisme qui promouvait les différences sexuelles, s'est donné pour but la neutralité du genre, au nom de l'égalité, et hommes et femmes s'habillaient avec des vêtements similaires dans une tentative de nier les différences sexuelles - le fameux col Mao). La Chine est devenue l'un des pays qui a l'un des plus hauts taux de participation féminine au travail au monde : pour 100 hommes au travail, la Chine compte 81 femmes (contre 52 pour la Corée, 77 en Thailande).
Pourtant, s'il est de fait que les femmes en Chine
ont pu accéder à un certain nombre de métiers réservés jusque-là aux
hommes, il est indéniable que leur condition n'est
guère enviable. Les Chinois restent en effet convaincus, pour l'ensemble de la supériorité des hommes sur la femme, et que l'on soit à la campagne ou à la ville, ils préfèrent avoir un garçon plutôt qu'une fille. Je me souviens ainsi d'avoir dîné avec un professeur d'université, qui a enseigné le chinois aux langues O' (et qui a rédigé avec un universitaire français un manuel de chinois très connu) qui l'exprimait sans aucune gêne. Alors, que dire dans les campagnes où si une personne, c'est "une bouche à nourrir, mais aussi des bras", la fille apparaît bien trop souvent surtout comme une bouche à nourrir ?

Fille devant une affiche pour le contrôle des naissances - Hubei
La politique de contrôle des naissances afin de limiter le développement de la population chinoise en 1976-1979 a amplifié la préférence traditionnelle pour les fils. N'ayant le droit qu'à un enfant, le couple chinois tient absolument à ce que leur unique enfant soit un garçon car c'est lui qui sera l'héritier du nom de la famille (la femme est considérée comme allant dans la famille du mari). Selon un vieux proverbe chinois, "il vaut mieux avoir un fils infirme que huit filles valides"....
Ainsi, une étude menée en 1981 dans la province du Hubei montrait que 85 % de la population voulait au moins deux enfants. Si seulement un enfant était permis, seulement 2,2 % des personnes interrogées faisaient état d'une préférence pour une fille.
Cette préférence pour le fils a un impact considérable sur le ratio des naissances hommes / femmes (118 garçons pour 100 filles en 2005 d'après un rapport national publié début janvier 2007, contre 110 pour 100 en 2000 - la moyenne mondiale étant de 104 garçons pour 100 filles) et l'écart démographique entre les hommes et les femmes ne cesse de grandir : 30 millions d'hommes célibataires à l'horizon 2020 (mais selon les sources, les chiffres ne sont pas les mêmes, Science et vie parle de 60 millions, soit la population française...).
Bien entendu, ce ratio garçons/filles n'est pas uniquement dû à la génétique. En effet, quatre raison majeures expliquent cette distorsion de ratio :
- les filles, surtout dans les zones rurales, ne sont pas toujours déclarées par les parents. En effet, la déclarer, ce serait gâcher leur possibilité d'avoir un autre enfant, un fils. Or, ces filles non enregistrées n'ont alors pas accès à l'éducation, à la protection sociale ou à l'emploi sur le marché officiel du travail. Il est impossible de savoir quel est le nombre de ces filles, qui sont, par la force des choses, invisibles. Comme elles n'existent pas, leur avenir est bien compris.
- l'avortement sélectif qui est pratiqué en Chine encore plus, paradoxalement, dans les villes vu que les citadins ont jusqu'à peu eu accès aux techniques modernes d'ultrason qui permettent de déterminer le sexe de l'enfant avant sa naissance. L'usage de l'ultrason est aujourd'hui interdit par la loi, mais en réalité, assez répandu....
- l'abandon des fillettes : elles constituent la majorité des 1,7 millions d'enfants abandonnés chaque année en Chine.
- l'infanticide, qui est lui aussi difficilement chiffrable mais bien réel. Depuis les années - 80, la presse chinoise fait état périodiquement des noyages de fillettes.
Or, ce déséquilibre démographique lié à la préférence qu'ont les chinois pour les garçons, commence à avoir des répercussions sociales catastrophiques pour la Chine.
D'une part, parce que les filles sont les premières à en souffrir (infanticide, abandon, non déclaration). Elles sont plus touchées par l'analphabétisme (en 1990, 22% de la population des plus de 15 ans était analphabète ou semi-analphabète, dont 70 % étaient des femmes ; en 1996, 25,5 % des femmes étaient analphabètes, contre 10 % pour les hommes). Plusieurs enquêtes montrent que les femmes sont victimes d'une discrimination face à l'emploi, elles se heurtent à un taux de refus supérieur à celui des garçons sur le marché du travail. Or, même si les nouvelles générations de chinoises ont assurément des comportements beaucoup plus libérés que celle de leur mère, selon Pierre Haski (ancien envoyé spécial du journal Libération, en Chine), "on ne sent pas pour autant une réelle revendication d'une affirmation féminine".
D'autre part aussi, parce que les garçons vont aussi finir par payer les frais de cette politique car un grand nombre ne trouvera pas de femmes : les filles qu'ils auraient pu épouser ne sont jamais nées. Cette situation se fait déjà ressentir aujourd'hui où les enfants nés à la fin des années 1980, les premiers à être sérieusement touchés par le déséquilibre grandissant entre les sexes, sont aujourd'hui adultes ou en fin d'adolescence.
Ces célibataires par la force des choses, les Chinois les appellent "branches nues" car dans l'arbre familial, ils ne donneront pas de fruits. Pour trouver des femmes, ils vont voir ailleurs : des Nord-Coréennes et des Vietnamiennes qui sont enlevées et vendues comme épouses à des paysans chinois, rapportent plusieurs ONG. Selon les chiffres officiels, 17 963 femmes ont été enlevées et vendues en Chine en 2000. Sans parler du marché florissant de la prostitution. Selon le démographe Xie Zhenming, "la rareté des femmes ne leur donne malheureusement pas plus de valeur, comme on aurait pu croire. Au contraire, elles deviennent une marchandise que l'on s'arrache".
La Chine est aujourd'hui consciente de la gravité de ce déséquilibre croissant des sexes dans sa population. Déjà dans les campagnes, j'ai pu voir qu'il y avait quelques slogans du genre "un garçon c'est bon pour la Nation, une fille c'est aussi bon pour la Nation", écrits sur les murs pour tenter de changer les mentalités des paysans. Par ailleurs, au-delà de cette propagande, le gouvernement chinois s'est engagé à prendre des mesures concrètes et mêmes sévères dans le but de protéger ses femmes. L'avortement sexuellement sélectif et l'examen sélectif des foetus sont particulièrement visés. Le Comité central du Parti communiste chinois et le Conseil des affaires d'état a ainsi officiellement déclaré en janvier (2007), que "les personnes menant des examens illégaux du sexe des foetus et des avortements sélectifs s'exposeront à des sanctions sévères".Malgré tout, la Chine reste lucide et se donne entre 10 et 15 ans pour résoudre le déséquilibre accru entre les garçons et les filles.
Par conséquent, plus qu'une journée de la femme, c'est un véritable changement des mentalités qui s'avère nécessaire. Or, cela, on le sait, cela prend du temps.
Sources : http://www.homestead.com/chine/files/femmes.htm
- http://www.lactualite.com/article.jsp?content=20060629_164203_4784
- http://www.toutelachine.com/article.cfm?id=103630
- http://www.wikio.fr/article=9243238
- http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/chine-valeur-dune-fille-asie_1604.html
- http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/situation-officielle-femme-chine_1457.html


