Sun Chine

Regard critique d'une française expatriée en Chine Journal intime Exil Impressions

15 juin 2007

Thématique : Le logement en Chine

LE LOGEMENT EN CHINE

La Chine est le pays le plus peuplé au monde, il est donc évident que la question du logement de cette population devient aussi une question cruciale. Si les espaces sont importants, la population, de plus en plus urbanisée (de 45% aujourd'hui à 60% en 2020), a de plus en plus de mal à se loger. Ainsi, il y aurait 400 millions de chinois à loger comme le titrait un article du Monde.

hakkaOr, les Chinois accordent une grande importance à la vie familiale et au logement. Ainsi, dans les campagnes mais encore largement dans les villes, on peut trouver 3 à 4 générations sous un même toit. Ainsi, dans l'immeuble que j'occupais, ma voisine avait ses fils qui vivaient dans l'appartement du dessus, avec leur enfant. L'une de mes meilleures amies chinoises, avant d'avoir son enfant, avait déjà réfléchi à l'aménagement de son appartement pour y faire vivre sa mère et son enfant à naître. Cela est encore plus frappant chez la minorité Hakka qui vit essentiellement dans le sud-est de la Chine (en particulier Huizhou) : leurs maisons sont circulaires et les grands clans familiaux y résident. Ces maisons en forme de champignons permettent d'abriter plusieurs générations d'une même famille, elles s'agrandissent en même temps que le clan.

Toutefois, la politique de logement est nettement différente dans les zones rurales et en milieu urbain. Dans les campagnes, les paysans sont officiellement enregistrés par leur résidence rurale (nongcun hukou). Le hukou est un papier très important pour le chinois, un instrument de mobilité, une sorte de permis de résidence, porteur de droits et d'obligations (le titulaire d'un hukou rural n'a pas les mêmes droits en matière d'éducation, de santé et de fiscalité que celui d'un hukou urbain) qui est délivré par chaque village, bourg, ou ville. Une fois enregistrés par leur résidence rurale, les paysans conservent la propriété d'un lopin de terre à usage privé qui leur permet de construire par leurs propres moyens une maison individuelle même si depuis peu, l'Etat a mené une politique incitative visant à promouvoir les habitats collectifs aménagés dans le cadre d'un processus de planification.

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Cour intérieure dans un hutong et siheyuan à Pékin

En ville, à l'exception de riches chinois et occidentaux qui vivent dans des siheyuans (et encore à l'origine plusieurs familles y vivaient), l'habitat est presque totalement collectif. Locataires de leur appartement, les citadins ne possèdent pas la propriété du sol. C'est ainsi que l'Etat, dans des grandes villes comme Pékin, se permet de détruire des quartiers entiers et d'expulser leurs habitants, pour reconstruire des bâtiments plus modernes ou des centres commerciaux.
La Chine est un pays qui s'urbanise à une vitesse folle - il faut dire que même à Pékin, dans certains quartiers on pouvait se croire il y a encore quelques années à la campagne, voire dans une sorte de quart-monde où les gens vivent dans la rue de menus travaux. Ainsi, selon le China Statistical Yearbook, 11% de la population chinoise était urbaine en 1949, 29% en 1995 et 45% aujourd'hui. Le pays compte 20 millions de nouveaux urbains chaque année.

Pékin, qui s'apprête à accueillir les Jeux Olympiques de 2008 mais tout le pays aussi, semblent être un chantier permanent. Des quartiers sont détruits et reconstruits en quelques mois. C'est ce qui m'a frappée lorsque j'étais en Chine, l'impression d'un pays qui cherche à se construire sans savoir vraiment à quoi il va ressembler.

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En me promenant dans les rues de Pékin, j'ai ainsi vu la fierté de ces chinois qui étaient persuadés que leur ville allait devenir la plus belle ville au monde mais aussi la tristesse de certains qui voyaient leur maison détruite, qui savaient qu'ils allaient devoir quitter cette ville et s'entasser dans des logements à la périphérie de la ville alors que leur famille vivait depuis des générations dans le coeur de la capitale. Un film particulièrement bien raconte ainsi la difficulté pour un vieux peintre de quitter sa maison peu confortable de Pékin pour un appartement. Il s'agit du film Sunflower réalisé par Zhang Yang en 2005.


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L'urbanisation de la Chine a plusieurs conséquences :

Tout d'abord, un grand nombre de paysans décident d'abandonner leurs campagnes pour trouver du travail en Chine comme ouvrier. On les appelles les mingongs ou ouvriers-paysans (ou encore migrants car en Chine, en vertu du hukuo, il n'est pas si facile que cela de passer d'une région à une autre pour un chinois). Cette population, peu instruite et très pauvre, se retrouve à vivre dans des villes qu'elle ne connaît pas, elle est complètement exploitée. La seule perspective de ces mingongs est de gagner suffisamment d'argent pour permettre à leur enfant d'étudier.
Des intermédiaires permettent à ces mingongs de travailler sur les chantiers, ce sont eux qui reçoivent tout leur salaire et le reversent. Bien entendu, ceux-ci sont très méfiants lorsqu'ils voient des étrangers s'approcher d'un peu trop près, ainsi lorsque j'ai voulu prendre ma photo d'ouvriers en train de manger leur bol de riz, assis sur leur chantier,  je n'ai pas été très bien vu par le promoteur immobilier qui m'avait prise pour une journaliste.

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La beijing boom tower


Ensuite, sous l'effet de cette urbanisation et de ces chantiers, les villes chinoises se transforment. Certaines deviennent des "méga-cités" comme Pékin, Shanghai, Tianjin et Chongqing. Ces villes totalisent une population de plusieurs millions d'habitants et , avec l'essor du parc automobile, la circulation dans ces villes devient un vrai problème alors que les réseaux de transport, du moins à Pékin, sont peu développés. Pour résoudre ces problèmes, des projets les plus fous voient le jour.
Ainsi, le journal Le monde a cité le projet futuriste D-Rail d'un architecte hollandais, Neville Mars, et son équipe pluri-disciplinaire de jeunes chercheurs : un train qui tourne autour de Pékin, qui ne s'arrête jamais et auquel le passager accède par un "travelator", un tapis roulant à vitesse rapide. "Ce mode de transport à lévitation magnétique ultra-rapide, circulaire et hybride ferait le tour de la capitale, sur 65 km, entre le troisième et le quatrième périphérique actuels. Il serait surélevé, dans une structure où seraient aménagées des zones commerciales et de détente.
On peut également citer la Beijing Boom Tower, qui se présente comme une réflexion sur la densité, "ou comment créer un ensemble urbain le plus compact possible". Le résultat est un "quartier vertical" de 200 mètres de haut, dont les constructions - certaines sont l'équivalent de villas de luxe, d'autres de logements bon marché - s'élancent vers le ciel d'un socle commun géant et multifonctionnel de sept niveaux.

Mais l'urbanisation a également des conséquences politiques :

Ainsi, dans les années -90, une réforme du système de distribution des logements urbains a été lancée, faisant passer l'habitat du statut de bien géré par l'Etat à celui de produit de consommation régi par le marché. En théorie, les Chinois peuvent accéder à la propriété et l'on a donc vu apparaître des promoteurs immobiliers privés qui sont devenus des acteurs majeurs de la construction urbaine. On a alors assisté à une croissance de l'immobilier considérable. D'après les recensements annuels du Ministère de la Construction, la surface moyenne nationale est passée de 13,6 m² par personne en 1998 à 23,67 m² en 2003. Les logements deviennent plus confortables, les nouveaux ensembles sont souvent fermés et entretenus par une société de gérance spécialisée et sont équipés d'ascenseur.
Les fonctionnaires, avec leur ancienneté, peuvent devenir propriétaires (pour une durée limitée), de leur appartement à des prix inférieurs du marché. Ils ont alors la possibilité de les revendre au prix du marché. On voit ainsi apparaître une classe de propriétaires, que l'on pourrait désigner, si l'on n'était pas dans un pays communiste, de bourgeois. Parmi les premières fortunes de Chine recensées par Forbes, la moitié sont des investisseurs dans le secteur immobilier qui sont très respectés.

Or si certains profitent de ce nouveau système, d'autres au contraire, deviennent de plus en plus pauvres. En effet, faute d'une politique d'habitat social, l'accès au logement s'effectue exclusivement à travers le marché immobilier. De plus en plus de personnes ne sont donc plus en mesure d'avoir un logement, et la ségrégation sociale se renforce alors de manière très importante.


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sources :

China statistical yearbook

Article "Logement" - Zhuo Jian in Dictionnaire de la Chine contemporaine, 2006

Article "400 millions de chinois à loger" in Le Monde, 26 mai 2007

Posté par sunchine77 à 18:09 - Etudes et recherches - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    ?

    quesqu'il y a dans la maison?

    Posté par femmm, 11 février 2009 à 00:25
  • avec toi j'en apprends tous les jours.

    c'est vraiment passionnant de te lire, bravo!
    tu fais ma culture!

    Posté par TT, 21 juin 2007 à 15:15
  • bien

    bien ton article (et certaines photos sont très sympas). Bonne continuation.
    A+
    Nacène

    Posté par Nacene en Chine, 30 juillet 2007 à 13:25
  • un autre

    article en vue?
    pourquoi tout le monde est en vacances... )

    Posté par blog en chine, 13 août 2007 à 07:11

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