Sun Chine

Regard critique d'une française expatriée en Chine Journal intime Exil Impressions

09 mars 2007

Thématique : La condition des femmes en Chine

LA JOURNEE DE LA FEMME ET CONDITION DE LA FEMME EN CHINE


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8 mars... Journée internationale de la femme comme si la femme était une espèce minoritaire à protéger et qui a le droit, uniquement une fois par an à sa journée.... Journée très symbolique surtout et encore plus dans les pays communistes. En effet, c'est un 8 mars 1917 que les femmes ouvrières russes sont sorties dans les rues pour déclencher une grève générale qui plus tard allait s'insérer dans des actions qui ont inauguré la Révolution russe. De même en Chine, le grand timonier Mao a été reconnaissant à ces femmes qui ont activement participé à la Révolution et qui étaient désignées par les slogans comme "la moitié du ciel".

Aussi, pour la journée de la femme, la plupart des femmes ont le droit a une demi-journée de congé tandis que leurs collègues masculins travaillent. Elles se font offrir des fleurs et inviter au restaurant par leur petit ami. C'est ainsi qu'une amie chinoise, de condition très modeste, avait profité du fait que son fiancé l'invitait au restaurant, pour qu'il m'invite aussi (sympa la fille) !

La révolution communiste de 1949 a sans aucun doute été l'évènement le plus important du siècle pour l'amélioration du statut des femmes en Chine (le Parti communiste, contrairement au Confucianisme qui promouvait les différences sexuelles, s'est donné pour but la neutralité du genre, au nom de l'égalité, et hommes et femmes s'habillaient avec des vêtements similaires dans une tentative de nier les différences sexuelles - le fameux col Mao). La Chine est devenue l'un des pays qui a l'un des plus hauts taux de participation féminine au travail au monde : pour 100 hommes au travail, la Chine compte 81 femmes (contre 52 pour la Corée, 77 en Thailande).

Pourtant,
s'il est de fait que les femmes en Chine ont pu accéder à un certain nombre de métiers réservés jusque-là aux hommes, il est indéniable que leur condition n'est guère enviable. Les Chinois restent en effet convaincus, pour l'ensemble de la supériorité des hommes sur la femme, et que l'on soit à la campagne ou à la ville, ils préfèrent avoir un garçon plutôt qu'une fille. Je me souviens ainsi d'avoir dîné avec un professeur d'université, qui a enseigné le chinois aux langues O' (et qui a rédigé avec un universitaire français un manuel de chinois très connu) qui l'exprimait sans aucune gêne. Alors, que dire dans les campagnes où si une personne, c'est "une bouche à nourrir, mais aussi des bras", la fille apparaît bien trop souvent surtout comme une bouche à nourrir ?


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Fille devant une affiche pour le contrôle des naissances - Hubei

La politique de contrôle des naissances afin de limiter le développement de la population chinoise en 1976-1979 a amplifié la préférence traditionnelle pour les fils. N'ayant le droit qu'à un enfant, le couple chinois tient absolument à ce que leur unique enfant soit un garçon car c'est lui qui sera l'héritier du nom de la famille (la femme est considérée comme allant dans la famille du mari). Selon un vieux proverbe chinois, "il vaut mieux avoir un fils infirme que huit filles valides"....

Ainsi, une étude menée en 1981 dans la province du Hubei montrait que 85 % de la population voulait au moins deux enfants. Si seulement un enfant était permis, seulement 2,2 % des personnes interrogées faisaient état d'une préférence pour une fille.

Cette préférence pour le fils a un impact considérable sur le ratio des naissances hommes / femmes (118 garçons pour 100 filles en 2005 d'après un rapport national publié début janvier 2007, contre 110 pour 100 en 2000 - la moyenne mondiale étant de 104 garçons pour 100 filles) et l'écart démographique entre les hommes et les femmes ne cesse de grandir : 30 millions d'hommes célibataires à l'horizon 2020 (mais selon les sources, les chiffres ne sont pas les mêmes, Science et vie parle de 60 millions, soit la population française...).

Bien entendu, ce ratio garçons/filles n'est pas uniquement dû à la génétique. En effet, quatre raison majeures expliquent cette distorsion de ratio :

- les filles, surtout dans les zones rurales, ne sont pas toujours déclarées par les parents. En effet, la déclarer, ce serait gâcher leur possibilité d'avoir un autre enfant, un fils. Or, ces filles non enregistrées n'ont alors pas accès à l'éducation, à la protection sociale ou à l'emploi sur le marché officiel du travail. Il est impossible de savoir quel est le nombre de ces filles, qui sont, par la force des choses, invisibles. Comme elles n'existent pas, leur avenir est bien compris.

- l'avortement sélectif qui est pratiqué en Chine encore plus, paradoxalement, dans les villes vu que les citadins ont jusqu'à peu eu accès aux techniques modernes d'ultrason qui permettent de déterminer le sexe de l'enfant avant sa naissance. L'usage de l'ultrason est aujourd'hui interdit par la loi, mais en réalité, assez répandu....

- l'abandon des fillettes : elles constituent la majorité des 1,7 millions d'enfants abandonnés chaque année en Chine.

- l'infanticide, qui est lui aussi difficilement chiffrable mais bien réel. Depuis les années - 80, la presse chinoise fait état périodiquement des noyages de fillettes.

Or, ce déséquilibre démographique lié à la préférence qu'ont les chinois pour les garçons, commence à avoir des répercussions sociales catastrophiques pour la Chine.

D'une part, parce que les filles sont les premières à en souffrir (infanticide, abandon, non déclaration). Elles sont plus touchées par l'analphabétisme (en 1990, 22% de la population des plus de 15 ans était analphabète ou semi-analphabète, dont 70 % étaient des femmes ; en 1996, 25,5 % des femmes étaient analphabètes, contre 10 % pour les hommes). Plusieurs enquêtes montrent que les femmes sont victimes d'une discrimination face à l'emploi, elles se heurtent à un taux de refus supérieur à celui des garçons sur le marché  du travail. Or, même si les nouvelles générations de chinoises ont assurément des comportements beaucoup plus libérés que celle de leur mère, selon Pierre Haski (ancien envoyé spécial du journal Libération, en Chine), "on ne sent pas pour autant une réelle revendication d'une affirmation féminine".

D'autre part aussi, parce que les  garçons vont aussi finir par payer les frais de cette politique car un grand nombre ne trouvera pas de femmes : les filles qu'ils auraient pu épouser ne sont jamais nées. Cette situation se fait déjà ressentir aujourd'hui où les enfants nés à la fin des années 1980, les premiers à être sérieusement touchés par le déséquilibre grandissant entre les sexes, sont aujourd'hui adultes ou en fin d'adolescence. 

 

Ces célibataires par la force des choses, les Chinois les appellent "branches nues" car dans l'arbre familial, ils ne donneront pas de fruits. Pour trouver des femmes, ils vont voir ailleurs : des Nord-Coréennes et des Vietnamiennes qui sont enlevées et vendues comme épouses à des paysans chinois, rapportent plusieurs ONG. Selon les chiffres officiels, 17 963 femmes ont été enlevées et vendues en Chine en 2000. Sans parler du marché florissant de la prostitution. Selon le démographe Xie Zhenming, "la rareté des femmes ne leur donne malheureusement pas plus de valeur, comme on aurait pu croire. Au contraire, elles deviennent une marchandise que l'on s'arrache".

La Chine est aujourd'hui consciente de la gravité de ce déséquilibre croissant des sexes dans sa population. Déjà dans les campagnes, j'ai pu voir qu'il y avait quelques slogans du genre "un garçon c'est bon pour la Nation, une fille c'est aussi bon pour la Nation", écrits sur les murs pour tenter de changer les mentalités des paysans. Par ailleurs, au-delà de cette propagande, le gouvernement chinois s'est engagé à prendre des mesures concrètes et mêmes sévères dans le but de protéger ses femmes. L'avortement sexuellement sélectif et l'examen sélectif des foetus sont particulièrement visés. Le Comité central du Parti communiste chinois et le Conseil des affaires d'état a ainsi officiellement déclaré en janvier (2007), que "les personnes menant des examens illégaux du sexe des foetus et des avortements sélectifs s'exposeront à des sanctions sévères".Malgré tout, la Chine reste lucide et se donne entre 10 et 15 ans pour résoudre le déséquilibre accru entre les garçons et les filles.

Par conséquent, plus qu'une journée de la femme, c'est un véritable changement des mentalités qui s'avère nécessaire. Or, cela, on le sait, cela prend du temps.


Sources : http://www.homestead.com/chine/files/femmes.htm

- http://www.lactualite.com/article.jsp?content=20060629_164203_4784

- http://www.toutelachine.com/article.cfm?id=103630

- http://www.wikio.fr/article=9243238

- http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/chine-valeur-dune-fille-asie_1604.html

- http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/situation-officielle-femme-chine_1457.html

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