Sun Chine

Regard critique d'une française expatriée en Chine Journal intime Exil Impressions

29 novembre 2006

Thématique : L'homosexualité en Chine

L'HOMOSEXUALITE EN CHINE

Tomber sur un livre qui parle de l'homosexualité à Taiwan (Garçons de cristal de Bai Xianyong, dans lequel les "garçons de cristal" sont de jeunes homosexuels qui font commerce de leur corps dans le Taipei des années -70) m'avait semblé chose fort surprenante tellement la question de l'homosexualité me semblait taboue. Je me suis alors souvenue d'une discussion qui avait dérivé sur le thème de l'homosexualité en Chine entre des jeunes venant d'Europe et de Chine lorsque je m'occupais d'une association sur l'Asie (l'Asia sub Committee de la Commission européenne), après avoir vu le film In the mood for love du génial Wong Kar-Wai (qu'est-ce que cela aurait été si cela avait été suite à son film Happy together ?).

En effet, après le visionnage de ce film, on avait discuté sur la question de l'amour et de la sexualité en Chine et une fille venant d'un pays d'Europe de l'Est où l'homosexualité est encore interdite, avait demandé ce qu'il en était pour la Chine. Il y avait alors dans mon association deux chinois - l'un venu en Europe pour faire un stage en tant qu'interprète, l'autre travaillant à l'Ambassade de Chine en Belgique. Tous deux avaient exposé leur vision de la question qui semblait contradictoire. Pour le jeune diplomate, l'homosexualité en Chine n'était pas mal perçue, pour l'interprète, il était clair qu'en Chine les homosexuels étaient considérés comme des malades et qu'ils n'étaient plus condamnés à cause de cette maladie. Un peu plus tard, lors de mes études, j'ai été amenée à me pencher de nouveau sur cette question car lors d'une simulation de négociation internationale, je devais connaître à ce sujet la position de la Chine. Un étudiant chinois - lui aussi diplomate - et une autre fille originaire d'un pays communiste m'avaient dit que dans les pays communistes l'homosexualité était condamnée et souvent considérée comme un mal bourgeois.

Afin de savoir ce qu'il en était vraiment, au-delà des discours ou des articles écrits dans That's Beijing ou autres journaux destinés aux expatriés, je me suis donc lancée dans une recherche dont voici le résultat.

L’homosexualité en Chine

Selon Li Yinhe et son livre sur L’histoire de l’homosexualité chinoise, on peut trouver sous la dynastie des Shang (XVIème – XI ème siècle avant JC) des traces formelles de récits anciens dans lesquels est abordée l’homosexualité masculine, décrite sous le terme « Luan Feng » ou parfois de façon plus explicite par «préférence pour le dragon masculin» (龍陽癖 py lóngyángpì)
Par contre, on n’a pas trouvé la moindre trace de lesbianisme dans l’histoire chinoise. [une explication pourrait être que l’on se préoccupait bien peu de ce que pouvait faire entre elles les concubines...]

Des figures historiques de l’homosexualité masculine perdurent à travers les dynasties et n’ont jamais disparu. Mi Zixia et Long Yang, favoris du monarque Wei, sous l’époque des Royaumes combattants, en sont deux figures célèbres mais c’est surtout au grand poète Qu Yuan que l’on doit les plus beaux récits. Dans ses oeuvres, notamment « Lisao » et « dans l’attente de la beauté », transparaît, dit-on [j’ai pas lu], son amour pour le monarque Chu.

L’homosexualité prévalait auprès des empereurs

Li affirme qu’à l’époque de la puissante dynastie des Han (206 av J.C – 220 AD), les activités homosexuelles des empereurs et ministres étaient fréquemment mentionnées dans des récits historiques. On s’aperçoit, à leur lecture, que pratiquement tous les empereurs de la Dynastie des Han d’Occident auraient eu des amants du même sexe. Ainsi l’histoire souvent racontée de l’empereur Liu Xin, ayant régné de l’an 6 à l’an 2 avant JC, qui ne souhaitant pas réveiller son amant masculin qui s’était endormi sur sa robe, aurait préféré couper ses manches.

Après la dynastie des Han, l’attitude générale était assez tolérante tant que les homosexuels accomplissaient leurs devoirs filiaux, se mariaient et assuraient la continuité familiale..




La prostitution masculine


Les années 1573-1620 marquent le florissement le plus important de la dynastie des Ming (1368-1644) avec de grands développements dans l’industrie, le commerce, les styles de vie deviennent plus luxueux.

La prostitution est une pratique commune à cette époque, en raison du concept moral qui prône l’acceptation des besoins sexuels naturels, une approche promue par le philosophe néo-confucéen Wang Yangming. Les prostitués masculins, les gigolos, étaient largement disposés à répondre aux demandes spécifiques de leurs clients.

La vision trationnelle de l’homosexualité dans la société chinoise

Toutes les grandes religions ou philosophies de l’ancienne Chine ont un ensemble de règles qui ont été interprétées comme condamnant l’homosexualité.

Pour les Confucéens, les hommes et femmes doivent se conformer à l’image traditionnelle que l’on a du rôle de l’homme et de la femme. Ainsi, le fait que certains empereurs avaient l’habitude de se travestir, comme le rapportent certains récits, était perçu comme une malédiction ou une maladie. Dans la tradition confucéenne, chaque homme a vocation à fonder une famille, pour s’assurer une descendance mâle qui perpétuera le culte des ancêtres.

Le Taoisme a amplifié cela en maintenant l’équilibre entre le Yin et le Yang. Une relation d’homme à homme est donc perçue comme une relation Yang-Yang donc inéquilibrée et destructrice.

Dans le Bouddhisme, le désir sexuel est quelque chose qui empêche l’âme de parvenir au Nirvana aussi doit-on lutter contre.

Pourtant, aucune de ces grandes religions ou philosophies chinoises ne condamnent aussi ouvertement l’homosexualité comme un péché comme le font les religions judéo-chrétiennes. Le Confucianisme n’interdit pas l’homosexualité en tant que telle aussi longtemps que l’homme accomplit son devoir d’avoir des enfants ; le fait qu’il ait des amants masculins reste dans la sphère privée. Il en est de même pour le Taoisme, chaque homme bien qu’étant regardé comme le Yang (masculin) a une part de féminité (Yin) en lui aussi. Certains hommes peuvent avoir beaucoup de yin en eux. Par conséquent, pour les Taoistes, la présence de comportements féminins chez un homme n’est pas vu comme quelque chose de non naturel. A la limite, l’homosexualité pourrait être regardée comme naturelle, conformément à l’équilibre naturel du yin et du yang.

Et c’est ainsi que l’on constate la prédomination des amitiés masculines dans la culture de la Chine ancienne. Sans aucun doute, il ne s’agissait pas de célébrer l’homosexualité mais beaucoup de romans classiques donnent des exemples de ces amitiés éternelles entre hommes : Au bord de l’eau ; ou de comportements masculins « anormaux » comme dans Le rêve dans le pavillon rouge dans lequel le protagoniste masculin est connu pour aimer le rouge à lèvres.

Decret de restriction

Après la canonisation du Confucianisme sous la dynastie des Qing (1644-1911), l’accent fut mis sur l’obéissance à l’ordre social. Maris et femmes se devaient de respecter leur relation – ce qu’immanquablement ne faisaient pas les homosexuels en brisant ces règles.

C’est alors qu’en 1740, le premier décret anti-homosexualité de l’histoire chinoise fut promulgué, en définissant le rapport homosexuel entre adultes comme illégal. Bien qu’il n’y ait rien sur l’efficacité de ce décret, c’était la première fois que l’homosexualité était sujette à une interdiction légale en Chine.

Dans la Chine moderne

Avec la formation de la République Populaire de Chine, l’homosexualité est devenue souterraine. La morale confucéenne et le puritanisme communiste condamnent l’homosexualité. Le régime communiste a persécuté les homosexuels, tout particulièrement sous la Révolution culturelle (1966-1976) qui a condamné nombre d’entre eux à de longues peines de prison et parfois même à la peine de mort. La tolérance sociale à l’égard de l’homosexualité décline alors ; l’homosexualité apparaît comme une disgrâce sociale ou une forme de maladie mentale. La police surveille régulièrement les gays et lesbiennes. Bien qu’il n’y ait aucune loi contre l’homosexualité, les homosexuels sont accusés d’hooliganisme ou de trouble à l’ordre public. C’est donc depuis cette époque que l’homosexualité reste cachée. Aujourd’hui encore, un grand nombre d’homosexuels chinois se marient pour sauver les apparences et vivent une sexualité clandestine ce qui, d’une certaine manière leur permet de se conformer à la tradition confucéenne.

Avec la politique de l’ouverture en 1979, le Parti communiste adoucit son contrôle sur ce genre de comportement mais la pratique de l’homosexualité est encore perçue comme un « style de vie pervers venu avec le capitalisme ». Le sida, il y a encore un an, était considéré comme un mal occidental n’existant pas en Chine.

Il convient de souligner toutefois les changements notables qui se sont opérés à la fin des années 1990 et au début 2000 lorsque la sodomie a été décriminalisée en 1997 et lorsque l’édit de 1989 - qui définit l’homosexualité comme un « désordre psychologique de la sexualité » - a été remplacé par la nouvelle « classification chinoise et critères de diagnostic des désordres mentaux » en 2002. Malgré tout, l’homosexualité en Chine est toujours considérée comme un trouble psychologique.

Néanmoins, la situation semble évoluer. Un magazine comme Menbox est ainsi considéré par beaucoup comme un magazine gay qui n’en a pas le nom. Récemment une transsexuelle femme a été autorisée à participer en Chine à la sélection des candidates pour le titre de Miss Univers. Une enquête internet montre en 2000 que les Chinois sont de plus en plus tolérants à l’égard de l’homosexualité : sur 10.792 personnes interrogées, seulement 30,9% la condamneraient, 14,46% sont incertains et 7,26% indifférents. En fait, l’homosexualité se caractérise par son absence du paysage politique. D’ailleurs, certains intellectuels accusent le gouvernement de ne rien faire pour promouvoir la situation de l’homosexualité en Chine. On dit que la politique de la Chine a l’égard des questions gays est celle des « Trois non » : non approbation, non désapprobation et non promotion (不支持, 不反对, 不提倡).

Aujourd’hui, les médias locaux commencent à effleurer le sujet, en partie en raison de la montée du sida, mais avec une timidité qui s’explique par la peur des réactions de l’Etat. Si les homosexuels ne représentent pas un réel danger aux yeux du gouvernement, il préfère quand même s’aligner sur les convictions morales du plus grand nombre. Soutenir une minorité sexuelle risquerait aussi d’entraîner les médias sur le terrain glissant des droits humains.

Acceptation et tolérance

Aujourd’hui la situation des homosexuels en Chine est donc très ambigue L’homosexualité est toujours perçue dans les consciences comme un trouble psychologique. Certes dans les grandes villes (surtout à Shanghai et Hong-Kong), quelques bars homosexuels existent mais la durée de leur existence n’est pas longue, les pouvoirs publics ne renouvelant pas toujours les autorisations. Beaucoup de sites internets qui permettent à des homosexuels de se retrouver ferment, dans le cadre d’une politique très stricte de contrôle de l’accès à l’internet.

Cette année, à l’université de Pékin, il devait y avoir un festival de films gays et lesbiens dont le lieu était tenu secret jusqu’au dernier moment mais qui finalement n’a pas eu lieu alors que les organisateurs du festival n’avaient même pas donné ce nom au festival mais dit qu’il s’agissait de films sur le thème du sida – la Chine venant enfin de reconnaître que cette maladie existait sur son territoire et de comprendre la nécessité d’agir contre (mais les pubs pour la lutte contre le SIDA ne sont que dans le quartier occidental mais ça c’est encore une autre histoire....).

Même si des termes apparaissent pour désigner les homosexuels (« Tongxin » ou « camarade de coeur ») et les lesbiennes (« lalas »), l’homosexualité reste bien peu présente dans les esprits, elle est non pas interdite mais niée, oubliée. Ainsi, juste une petite annecdote pour montrer qu’elle n’est pas présente dans les mentalités : une fois, j'avais assisté à une petite fête de départ organisée par une stagiaire à laquelle participaient des chinois et des français. Son amie, aussi stagiaire mais qui devait rester encore un peu plus en Chine, était venue. Sous le coup de l’émotion, elles n’arrivent plus à se retenir et l’une embrasse l’autre, sur la bouche, très discrètement et rapidement mais pas assez pour qu’une jeune chinoise – et moi – ne les voit pas. Celle-ci leur dit, « je vous ai vu mais qu’est-ce que vous faites ? », sans ton réprobateur mais tout simplement étonnée, elle ne le comprenait pas et mettait ce geste peut-être sur le coup de la boisson.

Bon, il arrive parfois que l’attitude des pouvoirs publics ne soit pas tout à fait indifférente à l’égard de l’homosexualité. Ainsi un film comme Le Protégé de Madame Qin, réalisé en 1999 par Liu Bingjian, et qui est le premier film chinois à postuler la normalité des homosexuels dans leur société, ou Lan Yu, Histoire d’hommes à Pékin, sont tous deux censurés en Chine alors qu’ils remportent à l’international un certain nombre de récompenses.

Interdiction de ces films comme de la piraterie et pourtant on retrouve dans les magasins de cds et dvds la série complète the Queer as folk ou de The L word. Ah, la Chine et ses contradictions !


Sources :
-
http://en.wikipedia.org/wiki/Homosexuality_in_China

- http://www.china.org.cn/english/2002/Oct/44940.htm : source officielle donc plutôt positive sur l’évolution des mentalités à l’égard de l’homosexualité.

- http://www.monchoix.net/cinema/cine-gay-lan-yu-histoire-d-hommes-a-pekin-article296.html et
http://www.unesco.org/courier/2001_07/fr/doss24.htm : à propos des films
D’ailleurs, pour ceux qui aiment Wong kar wai (qui a réalisé In the mood for love), on peut citer le film Happy together. A savoir que l’acteur principal du film Adieu ma Concubine et de ce film, Leslie Cheung, était le seul acteur chinois (hong kongais) ouvertement homosexuel et qu’il s’est suicidé en 2003 :
http://pserve.club.fr/adieumaconcubine.html#Leslie
On peut trouver à présent en Chine des réalisateurs chinois « underground , leurs films ressemblent bien souvent à des documentaires dont beaucoup abordent l’homosexualité.

Posté par sunchine77 à 23:00 - Etudes et recherches - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Bonjour,

    Je suis heureux d'être tombé sur votre blog car si pour l'instant, j'habite en France, j'ai pour projet de venir habiter en Chine.

    Dans l'instant présent, je n'ai pas beaucoup de temps pour regarder "à fond" votre blog mais je me promets de le faire dès que possible.

    Le mien : http://evolution789transformation.unblog.fr/

    Bonne journée à vous

    Pascal

    Posté par Pascal, 07 août 2008 à 17:39
  • belle analyse

    je suis allé en Chine recemment. J'ai constaté exactement ce qui est dit plus haut.
    en plus... la peur qui envahit l'homosexuel peut être mortel.

    Posté par jean-pierre m, 22 novembre 2009 à 04:39
  • ecjs

    j'ai une question: je fais un travail sur ecjs par rapport a l'homosexualite en Chine pouvez vous nous fournir des iniformations par rapport a ce sujet svp?

    Posté par jojho, 18 décembre 2009 à 03:33
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    Posté par incissids, 02 octobre 2012 à 10:32
  • Je suis une étudiante chinoise, et suis tombée sur votre blog quand je cherchais les infos pour voir ce que les étrangers pensent de l'homosexualé en Chine. J'ai failli cru que vous étiez Chinois qiuand je lisait la partie''la vision traditionnelle...'', haha. mais si vous étiez encore en Chine, vous devriez constater que les situations des homosexuels ont plus ou moins changé, sinon progressé.

    Posté par Irene, 28 octobre 2012 à 09:48

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